Bain moussant, solitude et mots d’enfants

Hôtel Sheraton.  Seule.

Me bichonner ?  Le mot en lui-même fait presque peur (d’autant plus qu’il me fait un peu trop penser au bichon maltais.  Moi qui déteste les petits chiens blancs …) Chose que je ne fais jamais.  Plutôt, si peu.  Et dont je comprends de plus en plus l’importance et la nécessité en apprivoisant le rôle de parent.  Prendre soin de soi.  Dans tous ces rares moments que la vie nous offre.  Parce que si on ne les saisi pas au moment opportun, le tourbillon de la vie se chargera bien de nous le rappeler d’une manière ou d’une autre.

Un hôtel.  Où normalement je m’y pose tard pour en repartir bien tôt.

Et aujourd’hui je déclare forfait. Je n’accompagne pas Cafecito au centre de convention.  Et je paresse.  Soudain l’envie de faire quelque chose que je ne fais pas.  Pas de ballade en ville, pas de restos, pas de cafés, pas de notes, pas d’ordinateur, pas de clichés à prendre.  Rien.  Niet. Nada.

Un pédicure ?  Et pourquoi pas ? Jamais essayé.

Ai-je vraiment pensé ça ? Comme ça, tout bonnement ? Et bien oui, le changement me traverse.  Vraiment.  Jamais je n’aurais eu ce genre de pensées auparavant.  Du genre plus bohème que huppé, le mot pédicure a toujours suscité chez moi le même frémissement que provoque une craie qui crisse sur un tableau…

La pensée du pédicure repart aussi rapidement qu’elle m’a traversée.  De toute façon, je n’ai pas vraiment la force.  Trop loin.  Ni vraiment l’envie.  D’autant plus que je me ronge toujours les ongles.

Je me traîne.  Entre le bain chaud et moussant et le lit à y flâner et y lire toute la journée, cela sera bien assez.

*

J’ai très peu de temps entre deux guidages.  Et j’essaie de le consacrer entièrement à ma fille.  À peaufiner dans ma tête notre prochain départ après la grosse saison.  Tout en vidant ma valise, faisant le lavage et rigolant avec Roukie qui s’amuse à enlever puis remettre un à un chacun de mes vêtements « dedans ».

Ainsi, les brouillons s’accumulent tandis que les cernes s’étirent.

Déjà vu.  Simplement le prolongement de ses derniers mois après avoir accouché où je griffonnais rapido sur le dos d’une facture ou d’un compte à payer quelques notes entre deux biberons, avant un changement de couche ou encore trop tôt dans la nuit.  Tout de même, il y a de moins en moins de petits bouts de papier que j’accumule en espérant avoir le temps de fignoler l’idée, d’approfondir la note, développer et assouvir la curiosité.  De moins en moins de cartons déchirés ou de morceaux de paquets d’allumettes ; je ne fume plus.  Un peu moins de napkins que je parsème de notes éparses, d’étoiles, de spirales et de drôles de bonshommes allumettes.  C’est maintenant l’application « Notes » de mon iPhone qui cumule le tout.  Ou encore ma boite de réception qui regorge de tous ces courriels que je m’envoie à moi-même en guise de mémos.  Trop de bouts de phrases qui s’échouent dans l’attente de retourner à la mer.

Ce ne sont pas les idées et les sujets qui manquent.  Toujours le temps.

*

Hôtel Sheraton.  Toronto.

La culpabilité me traverse. Je pense à Roukie.  À ses trois premiers mots qu’elle répète incessamment et qui me font tant sourire.

« Encore », « Attends », et « Dedans ».

Ponctuez ça de son inimitable « Mais non », c’est à se tordre de rire.

Dans les moments de découragement et d’abattement, je me les répète en m’amusant.  « Mais non maman », « attends ».

Je devrais sortir.  Profiter de ce temps pour déambuler dans les rues torontoises pas aussi moches que bien des gens le croient.  Et soudain je m’approprie ses mots comme si ma fille m’autorisait à m’accorder ces bouffées d’air rien que pour moi.  Se traîner sans se sentir coupable.  J’arrive ainsi à entendre la voix de Roukie qui me lance coquinement ces seuls mots qu’elle connaît et qui se transforme en une phrase encourageante…

« Mais non maman, attends encore dedans » …

J’agrippe le téléphone et demande à la réception de me livrer une nouvelle petite bouteille de shampoing…

Quelques minutes plus tard, celle-ci s’est transformée en un suave et écumant Bubble Bath.

Voilà.  Que du bonheur spumescent.

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2 réponses à Bain moussant, solitude et mots d’enfants

  1. Roxanne F. dit :

    Je suis tombé récemment sur votre blogue et vraiment j’adore! Je vois que je ne suis pas la seule à faire ca; m’envoyer des notes à moi-même par courriel hihi.
    J’adore votre style d’écriture!

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