Foulées réflexives : écriture, voyage et maternité.

Pluralité de courriels qui me ramènent à mes silences et mes absences. J’aime ta plume, c’est une belle source d’invitation à la poésie et la rêverie, ça serait dommage qu’elle se tarisse… - Touchée, suis-je …merci.

Quand donc vas-tu retourner à l’écrit ?

Retourner à l’écrit ? Mais je ne l’ai jamais quitté ! Il est là, partout, dans les notes et courriels que je m’envoie à moi-même, griffonné sur le dos de factures, d’enveloppes, de bouts de cartes d’affaires. Dans des cahiers, épars sur ma table de travail, et dans trop de documents Word que je me plais parfois à mettre dans un fichier nommé « Épaves » lorsque le fouillis se fait trop intense et que je me dois de classer. Des bouts d’écrit comme des bouts de moi, bouts d’un vieux roman qui datait et que j’essaie de peaufiner et rendre plus cohérent, à temps perdu et bien discrètement ; encore faut-il le créer ce temps lorsqu’on se surprend à écouter cette envie qui se fait foisonnante, parfois criarde à force de l’avoir négligée, tandis qu’une autre voix en sourdine –vous savez, cette voix du doute et de la peur qui fait mourir n’importe quel projet ?, ainsi, tandis que cette voix nous chuchote avec un brin de malice qu’on devrait faire de l’alimentaire. De l’alimentaire…

Pas pour nourrir l’âme, évidemment que non. De l’alimentaire, c’est ce qui sert à calmer l’angoisse la nuit venue, qui pose un baume sur les insomnies lorsque ça fait trop longtemps qu’on fait du surplace et qu’on devient en somme automate. L’alimentaire, c’est ce qui me permet de payer un loyer, évidemment trop cher le loyer, la garderie de ma fille, remplir le frigo, de l’alimentaire, du vrai qu’on ingurgite et se met dans le ventre sans prendre le temps de déguster. Du carburant en somme pour faire rouler la routine. De payer le minimum sur une carte de crédit et d’un tant soit peu me permettre de m’octroyer quelques plaisirs. De l’alimentaire. Qui ne m’aidera en rien et sera insuffisant si ma fille tombe malade, si j’ai un accident de voiture, si je me fais voler ma caméra ou encore mon portable…

Si. Si. Si.

On devient malheureux, me semble-t-il, à vivre entre deux « et si » …

*

À l’esprit, cet essai de Nancy Huston, Désirs et réalités, où elle titrait avec justesse un chapitre traitant de cette dichotomie relative au travail créatif et au rôle de maman : « Le dilemme de la romamancière ». Écriture et maternité sont antinomiques et difficilement conciliables, ça frôle l’évidence. Il suffit de penser à Woolf et à son essai une Chambre à soi*, à cette intimité d’avec soi-même qui disparaît lorsqu’on cohabite et derechef lorsqu’on enfante. Ou au récent essai Les tranchées, chapeauté par la talentueuse Fanny Britt, qui démontre bien ce sentiment coupable qui parcourt la mère contemporaine en quête d’épanouissement. Entre la superwoman autonome avec une carrière, la femme qui souhaite s’épanouir bien simplement, l’artiste qui ressent le besoin de créer et ce sentiment d’être incompétente propre à toute mère qui n’offre pas à son enfant l’anniversaire avec LE gâteau, LE clown, L’activité pour les amis, etc., la pression me semble immense. D’autant plus qu’avec cette douceur printanière qui se pointe le bout du nez à Montréal, scindant soudain l’hiver en deux, et ma valise à roulettes qui s’empoussière dans un coin de ma chambre, je réalise que j’arrive bien difficilement à changer, ici lire à me conformer.

Car l’envie d’ailleurs est toujours là et elle culmine…

Négligerais-je mes autres besoins alimentaires ?

Ma nature aventurière se trouve donc elle aussi en proie à ce profond paradoxe, entre désirs et réalités. D’un côté, l’envie d’expérience, d’ailleurs, de découvrir. D’espaces. Boulimique, je lis et me projette dans mille et un ailleurs. Ce ne sont pas les projets de destinations qui manquent. De l’autre, la fatigue et la pression de ceux qui m’aiment, mais veulent avant tout se sécuriser eux-mêmes. Autour de moi donc, de la pression pour m’ancrer et la réalité d’un enfant qui avait besoin d’un peu plus de stabilité, et qui pourtant je sens toujours profondément prête à me suivre dans n’importe quelle aventure. Folle envie de Vietnam aussi.

Après quatre années de monoparentalité (ouf…je savoure quelques instants un sentiment furtif de fierté qui me traverse), le besoin de faire le plein d’autres se fait ressentir. Apprivoiser l’autre et sa route, aussi. La solitude propre aux premières années d’apprentissage de la vie de parent en solo est tristement bien réelle et décuplée lorsqu’on se pose un brin. Encore faut-il le vivre pour le comprendre. Beaucoup de soirées à ne pouvoir sortir, énormément de contraintes, de défis à devoir relever seule qui fatiguent, peut-être davantage lorsqu’on est du genre à aimer repousser les limites. Alors, je déambule donc depuis quelques mois dans mon bain moussant et assouvi mes envies par des voyages littéraires. Me fais raquetteuse lorsque l’occasion s’y prête. Contemplative d’arbres nus et de rivières gelées. Reprendre des forces tranquillement.

Le romancier et le voyageur qui apprivoisent la maternité ont sans doute ceci en commun que pour respecter leur essence ils doivent apprendre à se faire violence… Et ça prend beaucoup d’énergie tout ça. Un entêtement tenace pour ne pas se heurter aux jugements faciles. Combien de « enfin, elle va se caser », « avoir une vie normale », « un boulot plus payant », « se faire responsable », « avoir des REER », « se mouler à la normalité» aie-je entendu depuis les derniers mois…

Hish … j’ai beau être bourrée de contradictions, avoir flirté avec le 9 à 5, les activités extérieures et culturelles « familiales » la fin de semaine, la bouteille de vin le samedi soir (dans mon cas dès le jeudi), chasser le naturel et il revient au galop. Mon tempérament profondément rêveur, artiste et aventurier ne disparaîtra pas parce que la réalité me contraint à me poser davantage… Alors, comment jongler avec tout ça ?

Il n’y a pas de juste moitié pour le voyageur tenace qui a en horreur le compromis… ni pour l’artiste. Être individualiste, sauvage, « libre », traçant sa route… À l’antipode même de la maternité. Voilà sans doute pourquoi j’ai toujours aimé voyager en solo, éviter le compromis. Je peux enfin me permettre d’être égoïste sur la route, m’octroyer ce rare plaisir de ne penser qu’à moi, de choisir et tracer mon itinéraire sans me sentir coupable, sans m’attacher et surtout sans regard. Me gaver de ce dont j’ai réellement envie… Depuis mon premier voyage en solo en Europe, j’ai compris qu’au travers de cette expérience, je m’octroyais enfin le droit de me permettre d’être entièrement moi ; j’y ai trouvé cet équilibre qui contrecarre avec une nature par moment trop altruiste, désireuse de se faire aimer et de plaire.

Tout comme dans l’activité créatrice, il n’y a pas d’attentes auxquelles on doit se soustraire sur la route. C’est bon. Très.

*

Ainsi, pseudo ancrée depuis quelques mois, en mode recul et recharge. Pendant ce temps, ma soif de mer n’est toutefois pas étanchée… Soif de déambulations citadines, de paysages neufs pour le regard non plus. De nouvelles odeurs à apprivoiser. De tambourinements du cœur inattendus par des rencontres impromptues.

Mais avant tout, terrible soif de mer.

Pour la tarir et me satisfaire, je me fais donc rêveuse écrivant. Avec mes mots, je la peins.

Je puise à gauche et à droite, du moins comme je peux, des moments solitaires et quelques bouffées d’air. Griffonne et peaufine donc loin d’ici un plus grand projet. Et deviens, à l’instar de bien d’autres, une mère ingrate qui a profondément besoin de penser à elle. Prendre soin d’elle pour mieux prendre soin de l’autre… en théorie, ça va de soi. En pratique, ça demeure le défi d’une vie.

J’ai partagé ma solitude avec un bébé durant les premières années. C’était de l’ordre de l’apprivoisement et de l’abnégation comme il en va de toutes formes d’amour, j’imagine. Ponctuant ces années de quelques escapades pour me sentir vivre intensément mais aussi, sans doute, pour me donner furtivement l’impression d’échapper à cette abnégation. Préserver la femme sauvage en somme. Mon impatience grandissante, ma soif de moi-même et de me retrouver dans ma « bulle » me font comprendre que cette solitude je ne la partage plus tout à fait avec ce petit bout de moi. Ce petit bout de moi est devenu une petite fille bien distincte qui prend beaucoup de place. Mais voilà, j’ai fais le choix d’apprendre depuis un moment les pas de danse d’une vie à deux et j’assume (et ce n’est pas toujours moi qui mène la danse, croyez-moi). Où la nature même du rôle de mère appelle bien souvent à l’oubli. La fillette grandissant, je ne peux qu’apprendre à tenir sa petite menotte par la main et me faire guide. Faire de même avec la petite fille qui m’habite aussi et la laisser jouer avec la couleur et les mots lorsque ses envies d’ailleurs culminent. Y consentir parfois aussi. J’imagine que c’est ça bifurquer tranquillement vers le monde des adultes : apprendre à doser entre désirs et possibilités.

J’apprends donc à jongler avec toutes ces contradictions propre à tout être humain ; me disant de plus en plus que malgré toutes leurs polarités, une voyageuse, une femme sauvage, une rêveuse écrivant et une maman c’est aussi par moment une seule et même personne. Une créatrice qui avance et tâtonne l’inconnu tout en se faisant funambule afin de tracer une route qui lui ressemble…

Quint Buchholz, Giacomond

Quint Buchholz, Giacomond

*Merci Sabrina Dumais d’avoir évoqué ce petit bijou de livre cette semaine … Tu m’as donné envie d’y retourner ;-)

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Le son des moulins à café

J’avais envie et besoin de recul.  Du recul comme une nécessité.

Sans avoir à me justifier, ni à expliquer le pourquoi du comment.  Alors, je me suis éloignée d’ici, pour retourner vers l’intime de l’écrit ; j’ai ralenti le rythme, épousé celui qui sied à la tranquillité et la sécurité du moment présent.  Panser de vieilles plaies aussi.  Extirper la douleur.  Je porte encore en moi cette propension du mélancolique, de celui qui tient farouchement à son affliction et qui doit apprendre à s’en départir pour se permettre ultimement de rêver mieux.  Autrement. Faire de nouveaux petits pas.  Nouveaux petits pas de danse, plus légers. Peindre de blanc les couleurs parfois trop vives du tableau. Oui, je m’amuse, je peins.  Comme une gamine de sept ans, mais au bout du compte je m’en fou, j’adore ça, littéralement.

J’avais aussi envie d’apprivoiser Montréal, ma méconnue.  C’est ce que j’ai fait. Intense soif de bain de foule harmonique, où j’aime le plus souvent être seule et anonyme, pour satisfaire la mélomane en moi. Montréal si vivante et chatoyante l’été… Le Festival de Jazz, les Francofolies, Nuits d’Afrique, Le Festival de Flamenco, Quartiers Danses, le Festival international de Littérature.  Je les ai tous faits.  J’aurais pu me faire ici critique ou témoin, j’avais envie égoïstement de tout garder pour moi. De ne pas me sentir contrainte à en rendre compte quelque part. Laisser le tout me traverser.

Un besoin d’ancrage, de rivières et de terre aussi.  Un besoin plus qu’une envie. Quelques escapades dans les sentiers de pin humide ou de bouleau séché qui parsèment mon Québec ça et là.  J’ai toujours pris chaque route intensément.  En fait, mes sauts de vie sont toujours intenses. Très intenses. Prendre un réel recul nécessite j’imagine un temps proportionnel à l’intensité que j’y ai déversé auparavant.  Bien souvent, sans compter. Et disons que j’en avais en banque … Les aiguilles mouillées et l’écorce sèche ne se pouvaient plus de m’attendre.

Ainsi, j’apprends de mieux en mieux à ne pas précipiter les choses. À vivre un peu plus lentement. Et doucement. À continuer à m’exposer, tout en me faisant discrète à la fois. C’est tout nouveau.  Et réelle cette plongée en terrain inconnu. Une suite sans aucun doute.

Goûter à tout, bien autrement.

M’assumer dans mon “je-me-moi” m’est encore difficile. J’ai pourtant publié plusieurs billets ou textes ici et là qui sont davantage de l’ordre de mes réflexions personnelles et intimes que de l’écrit initiatique ou journalistique.  Du voyage littéraire. J’avais cessé, je ne sais plus trop pourquoi.  Peut-être sans doute parce que j’avais senti qu’on associait de plus en plus cet espace à un blogue que de type “voyage” et que je me suis sentie contrainte en quelque sorte d’y répondre.  Alors n’ayant pas envie de faire des listes d’incontournables et des comptes-rendus d’expériences, je me suis tout simplement éclipsée.  Plutôt qu’assumer entièrement cet espace que je souhaitais libre, je suis allée flirter ailleurs, avec la littéraire qui aime à se jouer des mots. Mais voilà, il y a un moment que j’ai choisi de ne plus répondre aux attentes. Et je me dois de le respecter. Je m’étais engagée à être ici transparente.

Je me suis donc demandé quelle voie donner à ce blogue, étant prise avec cette fameuse dichotomie d’une fille qui a faim de route mais qui doit de plus en plus se faire sédentaire.  Je suis allée à une conférence de blogueurs voyage, y ai puisé beaucoup de bon, réalisé de très belles rencontres, mais avant tout pris conscience que l’angle général qui se dégageait de cette industrie (on ne se cachera, ça en est maintenant une) ne m’intéressait pas. Avec le recul, je préfère et choisi de conserver une plume plus personnelle.  Advienne que pourra.

Des tops 5 de quoi faire à New York ou à Paris, vous en trouverez des kyrielles et de très bons sur la toile. Il y en a en abondance et d’excellents réalisés par des collègues que je respecte et estime infiniment. Moi, la seule chose que j’ai d’unique et qui m’appartient, c’est ma plume, mon ton. Pas nécessairement mes préférences, qui peuvent être partagées, mais pourquoi je me priverais d’en parler ?, ni ma feuille de route.  Ce qui me distingue, c’est aussi mes angoisses (trop), mon anxiété (hish), mes insomnies (heurk) et ma grande peur de la stabilité (ouach !)…
Pourquoi le taire et le cacher ?

Le défi est grand.  Premier pas pour sortir de l’image. Un 180 en quelque sorte. Ne pas répondre à des attentes. D’aucune sorte. Un lifting ? Pourquoi pas.

Ainsi, depuis quelques semaines, j’ai renoué avec cet écrit que j’aime.  Cette écriture au son des moulins à café dans les lieux du même nom.  En conservant cette envie, besoin et par moment nécessité urgente de pouvoir venir m’échouer ici sans avoir par la suite à me justifier de mes silences et de mes absences.  Puisque d’autres projets tranquillement sommeillent ; certains s’enracinent comme d’autres avorteront.

Intense et aventurière, je le suis tout autant tout en demeurant immobile, poète, observatrice discrète. Et je garde cette conviction : c’est toujours lorsqu’on croit qu’elle s’est éteinte, qu’on découvre que la passion était tout simplement là, endormie.

La passion de la route ainsi demeure.  Néanmoins, elle sommeille. J’ai maintenant envie d’y apprivoiser la lenteur.  Ma lenteur.

Celle qui me créer et qui me permet de créer au son des moulins à café.

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Un champ de lavande comme un carré de sable …

Un champ de lavande comme un carré de sable ...

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Montréal, ma belle méconnue

Tout comme le cordonnier mal chaussé, j’ai réalisé dernièrement qu’on pouvait être par moment très mauvais guide chez soi…  Il y a certes nos endroits incontournables qu’on aime partagés, les coups de coeur propres au quotidien de chacun dans notre environnement immédiat, là où l’on va bruncher le dimanche matin ou encore prendre une pinte de bière accoudé au bar en discutant avec le barman le jeudi soir. Mais il y aussi ces endroits parfois dits touristiques que l’on croit connaitre et qu’il est bon par moment de redécouvrir avec un nouveau regard…

Montrez-moi un panorama new-yorkais, je n’aurai aucun mal à y repérer le Chrysler Building, le Ge ou le Hearst Magazine Building. Du JFK Library à Boston, je distingue aisément la Prudential Tower du Hancock Place.  Même aisance pour vous parler des architectes, ces « archistars », qui ont contribué récemment au plan de restauration de la ville de Toronto. À Washington, aucun problème pour vous parlez de long en large des divers mémoriaux en vous donnant un petit cours d’histoire et de politique états-uniennes. Mais là, vraiment, dans ma propre ville, j’ai eu la honte.

C’est en haut du Belvédère du Parc du Mont-Royal en compagnie d’une copine blogueuse française, Sarah du blog du même nom,  que j’ai réalisé à quel point je méconnaissais ma propre ville par endroit.  Non seulement, j’ai confondu la Place Ville-Marie avec le 1000 de la Gauchetière, j’ai hésité entre le pont Victoria et le Pont Mercier pendant quelques secondes, mais, outre la Place Desjardins aisément discernable à cause du sigle à l’effigie de ma caisse, j’arrivais bien mal à nommer les édifices constituants le centre-ville montréalais. Pour ajouter au tout, c’est Lucie, ma copine photographe française, et installée ici seulement depuis quelques années, qui palliait à mes hésitations … Ouain !

Vue de la ville du Parc Mont-Royal

Vue sur le centre-ville de Montréal du Parc Mont-Royal avec Sarah autour du monde ©Lucie Bataille

À ma pauvre défense, Montréal je l’ai a priori apprivoisée sous ses airs festifs, de nuit et à l’aube durant plusieurs années. Boulots de barmaid et de serveuse obligeaient, c’est Montréal la sauvage et sans limites que j’ai d’abord connue. Montréal et ses sympathiques chauffeurs de taxi, ses autobus de nuit remplis à craquer et ses rues bondées où il fait bon de danser lors des festivals. Montréal et sa rue Saint-Catherine avec sa vie étudiante éclatée, là où j’allais parfois suivre mes cours universitaires de communication et de littérature, le sourire en coin, en haut d’un sex shop et devant un bar de danseuses. Montréal et ses salles de spectacles que j’ai aimées même lorsqu’elles étaient enfumées.  Montréal et ses quartiers. Et ses vies de quartiers.  Et surtout, Montréal et ses ruelles que j’ai toujours aimé follement parcourir la nuit.

Parc de l'Île-de-la-Visitation, Montréal © Lucie Bataille

Parc de l’Île-de-la-Visitation, Montréal © Lucie Bataille

Montréal et ses lieux pour reconnecter aussi : le parc de l’Île-de-la-Visitation où je vais régulièrement marcher avec ma fille, le marché Jean-Talon (en semaine s’il-vous-plait !) pour faire le plein d’odeurs et de couleurs selon les arrivages et les saisons, Montréal, ses terrasses et ses superbes bières de microbrasseries artisanales. Montréal et les Portugais du quartier Villeray qui balaient chaque jour les trottoirs comme s’il s’agit du centre du monde…

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Entrée du Pub Ste-Elizabeth où l’on ne peut deviner la magnifique terrasse arrière qu’il abrite …

Et le Montréal que j’ai détesté, si près de mon chez moi actuel, mais dans son recoin trop résidentiel et plus près d’une pseudo banlieue mal assumée, alors que je n’avais pas encore effectué le deuil de ma vie de quartier …

Et puis voilà, il y a aussi ces lieux qu’on oublie.  Qui sont là depuis des lunes, juste à côté,  et où on ne prend pas trop soin d’aller voir ce qu’on pourrait y trouver.  Ainsi, en est-il du Parc du Mont-Royal, littéralement un immense boisé qui nous coupe de cette sensation de ville et qui nous ramène à chaque fois un peu plus près de soi.  Le Montréal que l’on fuit, avec ses rues trop branchées lors du Grand Prix ou ses restos un brin dispendieux de son Vieux-Port.  Celui trop à l’Est ou à l’Ouest et que l’on néglige de découvrir avec ses parcs et magnifiques points de vue sur le fleuve.

Cet été, je me propose donc de sillonner mon Québec, mais aussi d’apprivoiser autrement ma ville. Là où j’ai posé mes pénates et où je m’ancre de plus en plus.  Tandis que je laisse doucement se tapir cette envie d’Asie naissante et la laisse mûrir avant d’y répondre, je ralentis le pas et ouvrirai les yeux pour regarder autrement tout autour de moi …

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Mise à jour mars 2014 : J’ai depuis grandement approfondi mes connaissances de Montréal ;-) J’y accompagne parfois des groupes pour leur partager ma passion de ma ville.

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Je t’aime gros comme l’océan !

D’abord il y a le titre du projet. Difficile de ne pas imaginer en le lisant cet enfant qui vous regarde dans les yeux et qui vous tend les bras grand ouverts, sourire aux lèvres. « Toi, je t’aime gros comme l’océan! », croirait-on entendre.  On le sait, l’océan c’est vaste, sans limites, du genre de cet amour inconditionnel dont tout le monde rêve.

Ensuite, le défi ! Parce qu’il s’agit d’un défi à la fois marin et personnel : traverser l’Atlantique nord à la voile durant environ deux semaines.  Un défi de vie pour Sébastien Guy, passionné de voile et directeur marketing.  Un premier grand défi de ce type pour un homme qui a navigué deux fois le fleuve et qui sera accompagné de son ami, et capitaine à bord, Pierre de Ruelle qui lui en sera à sa onzième traversée… Un duo d’amis comme équipage pour mener de St-Jean de Terre-Neuve à Brest ce voilier de 43 pieds du Café de la Compagnie des Mers du Sud, la compagnie de M. de Ruelle.  Et une traversée exigeante qui comporte sa part de risques et nécessite de judicieuses préparations.

Puis, la cause.  Parce qu’à un défi personnel et sportif aussi grand, il fallait allier une cause qui évoque en elle-même des défis quotidiens encore plus grands.  Les enfants handicapés.  5000 en réalité ayant un déficit moteur et / ou un trouble du langage et qui doivent bénéficier de soins particuliers au Centre de réadaptation Marie Enfant du Chu Saint-Justine.

Sans oublier, les gens.  Le coeur sur la main.  D’abord, tous les employés d’une entreprise, l’entreprise Portes JPR à Laval, qui ont lancé cette collecte au profit de la Fondation Mélio et ont amassé 7500 $ pour cette collecte de fonds qui a comme objectif d’en atteindre 25000 $.  Ensuite des clients, fournisseurs, amis, restaurateurs. « On réalise que ça touche de près ou de loin la réalité de tout le monde lorsqu’on parle de la cause et des soins spécialisés et sur-spécialisés en réadaptation pédiatrique » mentionne Roseline, la conjointe de Sébastien.  Elle ne saurait mieux dire.

Finalement, le départ. Imminent. Entre le 15 et le 30 juin.  Départ qui doit être soigneusement préparé et tributaire de la température. « Quitter les côtes, c’est le plus dangereux à cause des rochers, des vents et du trafic maritime ; il faut s’assurer d’avoir un minimum de trois journées de « beau temps » devant nous.  C’est dame nature qui va décider », souligne Sébastien Guy.

L’aventure sur l’océan n’est pas encore entamée que déjà Sébastien, indéniablement touché par ses rencontres, semble réaliser que bien avant cette traversée, c’est sans doute les enfants qui l’auront, en réalité, lui, bien davantage traversé…

@Sebastien Guy

@Sebastien Guy

Des gens qui allient le coeur à l’aventure … Comment ne pas les aimer eux aussi, gros comme l’océan ?

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Vous pouvez suivre leur traversée de l’Atlantique nord à bord du War Eagle sur la Page Facebook du projet (N’oubliez pas « d’aimer » la page, c’est essentiel pour la visibilité auprès des grands commanditaires ;-) )

Pour faire un don c’est par ici ou vous pouvez aussi contribuer en vous procurant du café des Mers du sud dans la plupart des IGA ou Métro.

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Ses derniers mots …

J’y suis tombée un peu par hasard…

De dérives en dérives.

Je pensais fort à mon ami dont je venais tout juste d’apprendre le décès de son père. Un battant, littéralement.

Mais, il n’y a pas de hasard, écrivait Paul Auster… Et puis, j’ai pensé au « comment » je voudrais conclure mon chemin si on m’octroyait la chance et le temps de choisir… car il y a souvent urgence devant l’inéluctable. Et surtout, comment donner sens à ce qui soudain file entre nos doigts et n’en a plus …

Voyager ? Peut-être. Écrire ? Sans doute. Parce qu’écrire pour moi ça toujours été se battre. Et aller à la rencontre de la réalité.

Parce qu’on ne peut rien devant l’impermanence de toutes choses, pas même choisir la cadence du pas qui nous y mène.

Parfois nous avons la possibilité, souvent bien courte, de choisir la manière dont on porte et oriente son regard. Et peut-être écrire, pour se faire plus conscient et rendre par le fait même les autres tout aussi conscients.

Parce que c’est par ce moyen qu’un condamné a choisi de parcourir les derniers milles de sa route …

Et parce que ça fait terriblement réfléchir.

Sur 58 ans de vie, j’en aurais passé 35 à me lever tôt pour pouvoir me jeter dans 45 minutes d’embouteillages, à m’asseoir devant un bureau gris en buvant d’infects cafés, à m’énerver avant de refaire, en sens inverse, les 45 minutes de bouchons. Et tout cela pour un plan pension. Mon apport à la société ? Nul ! Mon travail ne se justifie que par l’immobilisme propre à toute grosse société. J’ai déjà pris conscience que toute mon équipe pouvait être entièrement remplacée par un ingénieur un peu compétent équipé du matériel adéquat. Par égard pour mon plan pension, je n’ai jamais osé le dire. Mon chef est un crétin. Je le hais. J’ai toujours eu des rapports cordiaux avec lui, j’ai toujours baissé là tête quand il le fallait.

Ce fameux plan de pension dont il ne bénéficiera pas.

Je vous invite à l’accompagner. Le lire tout en demeurant silencieux. Attention, terriblement touchant.

Et il ne vous répondra pas. Le temps lui est trop compté.

Blog d’un condamné

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Ajout Janvier 2014 : J’ai réalisé dernièrement que ce site était en réalité un coup de marketing pour faire porter attention et mousser la carrière littéraire d’un individu. Je ne sais trop comment me positionner par ce coup d’éclat. Je me sens dérangée, trahie dans ma confiance qu’on ne m’ait pas positionner devant un narrateur, mais qu’on ait joué sur le fil ténu entre vérité fiction. N’empêche, l’écrivain aura su trouver un excellent moyen de faire tourner les caméras et les maisons d’éditions vers lui …

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Un nouveau panorama new-yorkais à l’horizon

Un nouveau panorama de New York se dessine tranquillement et se modifiera au cours des années avec l’ajout des autres tours constituant le complexe du nouveau World Trade Center. Dès maintenant, on peut admirer en totalité la plus plus grande tour des États-Unis avec ses 541 mètres. En guise de repère, la Tour du CN culmine à 553 mètres.

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Bien qu’on en ait aucunement l’impression sur cette photo, c’est bien la One World Trade Center, qui dépasse l’Empire State de près de 100 mètres, que l’on voit se profiler au loin. Les grues étaient encore présentent il y a quelques jours alors que l’installation de l’antenne était en grande partie complétée et les nombreux travaux du chantier donnaient de plus près des photos qui ne rendaient pas encore compte de la prestance de l’édifice. L’observatoire du 100e étage sera accessible au public à compter de 2015 et promet d’offrir un point de vue des plus spectaculaires sur la ville.

Voici de quoi devrait avoir l’air la nouvelle fierté des états-uniens d’ici quelques années :

World Trade Center

D’ici  là, je vous invite à visionner cette vidéo de l’installation de la flèche argentée, réalisée en grande partie par le groupe ADF, une compagnie québecoise de Terrebonne.  De quoi rendre bien des jambes molles…

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Petites cartes postales états-uniennes …

Les mois d’avril et de mai riment pour moi avec attente aux postes frontaliers, fatigue extrême, départs trop hâtifs et nuits trop courtes, kilomètres et kilomètres de routes et longue balade à pied dans les grandes villes états-uniennes ou canadiennes parfois.  Les haltes sont courtes, la grippe et les microbes au rendez-vous (ce n’est pas la pluie qui va arrêter un guidage …) et mes fantasmes de bain chaud aux chandelles forcément très présents.  Quoique je ne pars jamais bien loin et très longtemps, la saison de guidage est intense, l’objectif principal étant de faire voir le plus possible en peu de temps…

Il y a des moments plutôt monotones (j’ai vu les chutes Niagara plus d’une quinzaine de fois en trois ans … ), d’autres qui demeurent tout aussi surprenants (je verse encore des larmes devant les monuments en hommage aux guerres du Vietnam et de la Corée à chaque fois à Washington) et de belles découvertes (Chicago en est une très belle cette année !)  Comme l’escale est rapide et que je pars à nouveau demain vers New York, j’engrange mes mots et laisse ici quelques photos en guise de cartes postales des paysages croisés sur la route depuis les dernières semaines.

Niagara Falls, Ontario

Niagara Falls, Ontario

Détroit, Michigan

Détroit, Michigan

Millenium Park, Chicago, Illinois

Millenium Park, Chicago, Illinois

Le splendide Jay Pritzker Pavilion de l'architecte Frank Gehry, Chicago

Le splendide Jay Pritzker Pavilion de l’architecte Frank Gehry, Chicago

Magnolia jaune, Essex (Burlington), Vermont

Magnolia jaune, Essex (Burlington), Vermont

Trump Tower, Chicago

Trump Tower, Chicago

Boston, New York et Toronto suivront …

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En attendant : « Autoplogue » de mon moi-même du moment … Je me suis prêtée dernièrement au jeu des entrevues où je regarde ma timidité en face et me dévoile davantage.  Pour les intéressés, j’ai eu la chance de répondre au questionnaire de Proust voyageur de l’auteure Anne Becel sur son superbe site Correspondances, me suis livrée au 13 questions sérieuses et 13 plus légères sur la Page à Pageau et raconté le récit de mon périple mère-fille au Costa Rica dans la revue Espaces.

Allez hop ! Assez de « je-me-moi », je vais refaire ma valise pour vous revenir avec de beaux récits sur la route !

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De la plume au pinceau … Mise en mots de Kahlo

Je viens encore vous agacer avec mes amours mexicaines. ;-)

Celle-ci remonte à plusieurs années.  Je la porte en moi depuis que j’ai dévoré sa biographie par Hayden Herrera.  Elle ressurgit parfois au détour d’une chanson de Chavela Vargas.  Une passion admirative et pleine d’ardeur pour une femme.

On connait presque tous les circonstances qui ont fait de la vie de Frida Kahlo une lutte continuelle et souffrante face à son corps meurtri et brisé. Néanmoins, je crois qu’il faut plonger plus loin que son oeuvre artistique et aller au-delà du mythe qu’on en a fait pour comprendre à quel point cette femme se livrait en toute sincérité.  J’ai longtemps cru qu’elle avait besoin de peindre pour extirper entièrement ses blessures, que la douleur qui transparaissait dans les tableaux et les autoportraits durs et lucides se devait de s’échoir là, au travers des intenses couleurs.  Le besoin allait bien au-delà.  Au travers des mots aussi.

J’avais pourtant lu plusieurs de ses lettres écrites de sa main dans la casa azul à Coyoacan.  Même pour ceux qui ne comprennent pas l’espagnol, il serait possible de comprendre la portée lucide et violente de sa plume. Vous savez, lorsque le papier parle, que l’encre suinte et que les pattes mouchetées et entremêlées sur elles-mêmes évoquent d’emblée ce qui y est à décoder?  Néanmoins, lorsqu’on a la chance de lire ses lettres et de les comprendre, on saisit vite que le pinceau et les couleurs étaient insuffisants pour cette femme.  On le saisit encore mieux lorsqu’une comedienne choisit de les faire revivre ces mots et de nous les faire entendre…

Excessivement troublante et touchante était Sophie Faucher hier soir au MBAM dans Correspondance, une mise en scène composée de lettres, de poèmes et d’extraits de journaux intime de la peintre.  Excessivement comme l’était Frida dont l’art était « un ruban autour d’une bombe » comme l’a souligné Breton.  Excessivement découvrir que l’expression des émotions dures à même les couleurs de ses toiles, Frida savait tout autant les manier à même les mots, tout autant qu’elle pouvait regarder la douleur en face et la nommer, ajoute une dimension importante au portrait qu’on se fait de l’artiste.

D’une mise en simple simple et épurée, où les cadres suspendus évoquent non seulement le portrait que Faucher dresse d’elle par son choix de textes, mais aussi une mise en abyme évidente, mais combien juste, Correspondance m’a tout simplement séduite.  J’y ai redécouvert la femme forte et fragile qu’on a tristement transformée en icône commerciale, la sensible et dure, mais aussi celle qui fait preuve d’autodérision.  La femme festive avec sa volonté farouche de vivre. Et la femme brisée de toutes parts qui aime avec passion et qui aime la passion aussi…

© Musée des Beaux-Arts de Montréal

© Musée des Beaux-Arts de Montréal

La lucidité de sa plume est implacable.  L’interprétation de Sophie Faucher, passionnée, tendre, admirative et respectueuse.  Frida n’y est pas présentée comme une victime de son accident ou de son mari volage, mais bien comme une femme courageuse, avec ses doutes, ses grandes déceptions, ses colères et ses peines et bien sûr son amour toujours si puissant et fidèle pour Rivera.  Un amour dévorant qui la détruit par moment et rythme sa vie longuement;  on découvre aussi l’immense abnégation dont elle a fait preuve. Ajoutez à la lecture théâtralisée la présence de quatre magnifiques mariachis qui ponctuent et colorent la scène de leurs airs nostalgiques et festifs… comment ne pas être conquis ?

Correspondance, un tableau vrai, sincère et intime que nous dépeint puissamment la lecture théâtralisée de Sophie Faucher et qui est absolument respectueux de l’artiste.

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De Acapulco à Huatulco … autre regard sur le Mexique.

J’arrive tout juste de Chicago. Mais deux mois plus tôt, j’arrivais tout juste d’un endroit que j’aurais presque eu envie de garder pour moi… J’ai hésité longuement avant d’en parler ici. J’hésite encore un peu. Un endroit qui m’a réconcilié avec le Mexique que j’aime tant, ce Mexique visité à quelques reprises pour de longs comme de plus courts séjours au cours des dernières années, et dont la culture, la musique, le rythme et ses habitants exercent un charme continu chez moi.

Il y a trois ans, je logeais dans la baie de Puerto Marques, tout juste à côté d’Acapulco. Première grande bouffée d’air pour la toute nouvelle maman que j’étais devenue et qui demandait à flirter avec sa liberté de mouvement et sa liberté d’être. Je profitais de mon avant-dernière soirée lorsqu’un commando d’un cartel mexicain est descendu de la capitale mettre des points sur des «i » en étêtant quelques têtes … Résultat : plus de quarante cadavres. Évidemment, plusieurs dans le port qui sert de porte d’entrée à la cocaïne provenant d’Amérique du Sud depuis des années, et plusieurs décimés un peu partout aux quatre coins de la ville. Selon les autorités mexicaines, la tuerie aurait eu lieu vers les 4 heures du matin. À cette heure-là, je quittais le bar où j’avais dansé toute la nuit, passais tout juste à côté du port chercher mon bébé de 2 mois chez son grand-père pour me retrouver ensuite à Puerto Marques où l’on avait trouvé deux autres corps non loin de notre hôtel. Voilà pour la fin de mon dernier petit périple au Mexique avec ma fille… Joyeux, hein ?

La baie d'Acapulco

La baie d’Acapulco

Évidemment, tout cela, on n’en a aucunement entendu parler ici… À l’instar d’une panoplie d’événements du genre qui ne se produisent plus seulement aux environs de Ciudad de Juarez et de la frontière états-unienne depuis un bon moment.

Lors d’un précédent séjour de quelques semaines, j’avais ressenti certains endroits du Guerrero violents, durs, agressifs. Eu vraiment peur à un moment lorsque je m’étais retrouvée seule sur une plage quasi déserte avec trop de gars de l’armée mexicaine… Seulement une immense frousse, des sueurs froides, bien du baragouinage et de l’aide d’un jeune mexicain pour m’en sortir, heureusement. Mais, deux années plus tard, j’imagine que c’est le fait de me retrouver là, avec un bébé naissant à protéger, les hormones, les émotions, la fatigue et l’instinct dans le tapis, que je m’étais promis en quelque sorte de laisser passer bien du temps avant d’y retourner. Avec un enfant, tout jeune bébé, on devient plus conscient, plus alerte. L’instinct prend le dessus. J’avais donc mis une croix à sillonner le pays en sac-à-dos au lendemain de la tuerie ; hormis un séjour à Cozumel, qui n’était pas exactement, du moins pour moi, aller à la rencontre du Mexique …

Clavadista s'étant lancé dans le vide après avoir fait sa prière ...

Clavadista s’étant lancé dans le vide après avoir fait sa prière …

Depuis, j’ai suivi tristement la situation quant à la guerre des narcotrafiquants qui sévit dans ce pays. « Acapulco, paradis perdu », titrait récemment l’Express. De fait, la perle du Pacifique n’est plus. Déjà le pouls avait changé tout près de la Quebrada, là où les clavadistas plongent depuis des années au grand bonheur des touristes et au grand malheur de leur famille parfois. Mes frousses mexicaines, j’en ai eu quelques autres, ne m’ont ensuite pas empêché de voyager, ni d’aimer ce pays. Bien que la violence qui marque certains états plus que d’autres soit le fait d’une guerre ciblant des membres de cartel précis, j’avais pensé qu’il suffisait être à la mauvaise place au mauvais moment. J’avais choisi d’éviter certaines régions de ce pays pour un moment. J’ai donc eu les larmes aux yeux tout récemment en apprenant le viol de 6 Espagnoles dans une villa sur la plage de Barra Vieja que je connais bien. Davantage en apprenant que des suspects avaient été arrêtés, doutant des méthodes musclées et rapides utilisées afin d’essuyer le plus rapidement l’affaire en ciblant des coupables, et probablement en évitant le plus possible d’entremêler des membres du gouvernement ou des corps policiers à cette affaire. Sourciller en écoutant les déclarations du maire tenter de minimiser l’événement, craignant inévitablement d’autres retombées négatives quant à l’achalandage touristique.

Attention, je ne tente pas de faire de la généralisation ici. Surtout pas d’isoler un événement pour dramatiser. Ni devenir alarmiste.   Néanmoins, il est difficile d’éviter de soulever la réalité d’une ville qui a tristement eu son heure de gloire et où la corruption est en train de prendre le dessus là où on s’y attendait le moins. On ne peut également nier que plusieurs états mexicains sont devenus beaucoup plus dangereux qu’ils ne l’ont jamais été.  Que la corruption policière s’est généralisée et étendue, comme en fait foi de récents événements à Playa Del Carmen ou encore à Mazatlan.  Le contexte de violence et d’insécurité est encore bien présent dans certaines régions alors que d’autres villes connaissent une nouvelle accalmie et tentent de redorer le blason touristique du pays. Les gens hésitent à écrire sur ce qui se passe présentement dans certains états mexicains. La situation est ambigüe et on a peur de se perdre en généralisation.  N’en demeure pas moins qu’il existe plusieurs régions sécuritaires pour le tourisme et qu’il ne faut pas non plus instaurer un régime de peur.

Zipolete, Oaxaca

Zipolete, Oaxaca

Alors, imaginez, quand dans ce contexte vous découvrez un genre de coin paradisiaque et perdu sur la même côte Pacifique … Si près de Zipolete que j’avais adoré, idylle du hippie voyageur. Un bout de paradis avec des plages sauvages, préservées. Et d’autres typiquement mexicaines avec ses palapas, ses tacos al pastor au coin des rues dénuées de trop de touristes …  Bonus : l’âme mexicaine y est partout et on s’y ballade avec le sentiment de se trouver en sécurité.

Seulement, on pressent que d’ici quelques années ce bout de paradis ne le sera peut-être plus… Les chaises en plastique auront envahi les plages, les hôtels auront pullulé… devrais-je alors vraiment garder ce lieu rien que pour moi ou le partager? … ;-)

bahia de cacalutta

Une des 9 Baies de Huatulco …

Cette plage déserte et sauvage fait saliver ? D’accord, je vous tracerai donc prochainement un portrait de Las 9 Bahias de Huatulco.

D’ici là, je continuerai à porter cette plage secrètement au creux de mon coeur ..

***

Pour un portrait de la situation à Acapulco c’est par ici.

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Don’t try too hard to catch the winds

Parce que c’est une vidéo superbe qui met de l’avant cette tension entre le mouvement et l’ancrage; la nuance entre s’accrocher, le désir de ne pas prendre racines, de les porter avec soi et de perpétuer l’exploration.

Parce qu’il pose une question nécessaire quant à nos attachements:

Who are we without the ones we love ?

Parce que parfois il vaut mieux perdre, que de rester immobile.

Surtout, parce qu’il est vain d’essayer d’avoir du contrôle devant ce qui nous dépasse.  Au même titre qu’il est vain de tenter d’attraper le vent…

 

 

N.B. Merci Julie Philippon pour la découverte de ce baume de douceur ce matin via ton Facebook.  Son Twitter : @mamanbooh

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Du rêve caressé à la réalité …

La vie et ses contingences… Il y a quelques jours je pensais m’envoler vers Panama City mettre en branle un projet que je caresse depuis longtemps. Le temps de préparation me manquant, j’ai changé de cap en quelques minutes pour me retrouver finalement avec un billet vers ce pays que je chéris tant, question d’approfondir le sud de Oaxaca, province mexicaine magnifique découverte il y a 5 années. On retourne toujours vers ces premiers amours semble-t-il …

Ainsi, tandis que j’emplissais mon backpack la veille de mon départ, je pensais à Jennifer qui n’avait toujours pas terminé le sien et qui, elle, allait prendre ce vol pour le Panama au même moment où je filerais vers Huatulco… Le Panama étant la première destination dans la foulée de bien d’autres ; prémisse d’un projet qui a germé en elle depuis bien des années. Un rêve un peu fou qu’elle a longuement caressé et viré dans tous les sens, devant se confronter continuellement et faire au quotidien des choix de vie difficiles en ce sens, travaillant fort pour que son tour du monde puisse passer du rêve à la réalité.

Je ne tracerais pas ici un portrait d’elle. Vous la devinerez aisément courageuse, fonceuse, caractérielle. Pas du tout du genre à se laisser intimider. Passionnée, indépendante, hyper curieuse. Déterminée. Avec le temps, l’éditrice de Moi, mes souliers est devenue une amie. Une femme de qui émane une force tranquille apaisante et qui rassure.

Ainsi, ce matin-là, nos routes se sont à nouveau croisées…

Son amoureux était aussi là, très ému, de l’autre côté de la sécurité à l’aéroport, envoyant la main à sa copine qui avait fait son premier grand saut … La chance inouïe d’être au cœur de ce moment d’intimité ne s’explique pas ici. Je garderais longtemps dans mon cœur l’émotion unique et bien palpable que j’ai ressenti allant rejoindre brièvement ma copine qui faisait ses premiers pas pour se retrouver seule, partout et à la fois au coeur d’elle-même, durant une année.

De l’autre côté, son tendre chéri a disparu… Il s’est éclipsé, confiant, après l’avoir longuement encouragé à aller jusqu’au bout de son rêve malgré les doutes et les défis incontournables s’y rattachant. Je me rappelle m’être dit que c’était ça aimer. Aimer vraiment.

20130208-071030.jpgPuis, durant quelques instants, j’ai pu entrevoir la femme fragile qui laissait le doute la traverser. Si touchante cette fille toujours si sûre d’elle et qui s’était promis de ne pas pleuré. -Bien voyons, j’ai pleuré ma vie lorsque je suis partie pour la première fois seule avec mon sac à dos en Europe, t’as bien le droit à quelques larmes ma belle! C’est gros se lancer comme ça dans la vie, loin des gens qu’on aime durant tout ce temps ! J’ai pensé combien était précieux ce bref instant de vulnérabilité que me dévoilait cette femme si courageuse et si forte. Pleine d’assurance, mais consciente des peurs à effleurer du bout des doigts pour aller de l’avant et avancer.

Nous nous sommes laissées à la porte d’embarquement de son avion. J’aurais pu être morte d’envie et de jalousie, mais non, j’étais plutôt sincèrement et profondément heureuse pour elle. Consciente avec elle de l’ampleur du défi. Quelques minutes, puis elle avait déjà retrouvé sa force, son calme et sa solidité. Humblement, le sourire aux lèvres et emplie d’émotions, elle est partie rejoindre son rêve longuement peaufiné.

Bonne route Jennifer! Qu’elle te soit douce, aventureuse (mais pas trop ;-) ), dans le respect du rythme et du souffle que tu souhaites donner à chacun de tes pas …

x

Pour suivre son tour du monde d’une année :

http://www.voyageries.com (en anglais)
http://www.moimessouliers.org

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Sur la route de la création avec Martin Léon

Certains trouvent que c’était un pari risqué.  Personnellement, j’admets que c’était pour moi en quelque sorte gagné d’avance. J’ai toujours aimé le chanteur, le poète contemplatif. Je le porte dans mon cœur au même titre que Desjardins et Ferré. Ses mots, sa pénétrante poésie, son esprit vif, ses mélodies douces et par moment suaves, son regard sagace et ses textes sensibles m’ont toujours absolument séduite.

Ajoutez-y une invitation au voyage, sur la route, là où une rencontre devient le possible balbutiement d’une chanson, d’un questionnement ou d’une prise de conscience.  Une scène épurée, si ce n’est que de quelques fanaux rougeoyants, trois guitares, un écran projecteur et un homme sympathique et discret à la batterie. L’ambiance rouge feutrée et très intime du Quat’sous.  Difficile alors de ne pas suivre Martin Léon dans ses pérégrinations asiatiques, quantiques et à la fois métaphysiques de ce spectacle qui débute sur les prémisses d’un vol d’avion …  Et nous voilà plongés dans ce « Show Laboratoire Exotique » à la teneur à la fois intime et frétillante.

Avec finesse, humour, charme, intelligence et simplicité, l’artiste nous invite dans l’univers de la création du dernier album les Atomes. S’y juxtaposent et s’entrelacent images asiatiques, chahuts environnants issus de la jungle, anecdotes délirantes et savoureuses, rencontres riches et trouvailles cocasses, tous des prétextes qui deviennent des germes d’idées qui s’entrechoquent comme des électrons libres pour former une chanson.

De la Baie D’Halong dans le sud du Vietnam, en passant par tous ces trains qui arrivent et repartent de Bangkok, on décortique les pistes vocales et instrumentales qui se superposent de la pièce « Invisible », empruntant avec lui les quelques détours obligés de l’inconnu qui mènent bien souvent là où on s’y attend le moins. Darbouka arabo-mulsulman et gamelan javanais surgissent au détour du processus de création d’une pièce à l’inspiration asiatique ? C’est joli, alors pourquoi ne pas les garder ?

On saisit aussi un peu mieux les quelques délires de l’album, du moins si on n’en comprend pas le sens on peut ensuite se faire une cocasse image du chanteur aux prises avec une forte fièvre et des hallucinations dans une jungle après avoir bu avec confiance un potage ancestral au sein d’une tribu laotienne ; on revisite autrement de superbes pièces telles que « Je le veux » et « le Phalène » ; rencontre le sympathique Phong Ké Toan, « Funkytown » pour faire plus simple, et sa fascination pour les atomes ; se questionne avec eux sur ce qu’il advient de ceux-ci après notre mort, Léon clôturant son show en proposant en guise de réponse sa magnifique chanson « Je redeviens le vent ».

On n’a qu’à discuter avec lui quelques minutes pour que le pétillement plein de vie du regard se propage. C’est contagieux.  Absolument. L’homme est un véritable passionné de voyages, de vie, de rencontres et de l’Autre.

Du passage du vent en demeure la profondeur, l’intelligence sensible, poétique et si étonnamment accessible, qui a enveloppé les spectateurs comme une caresse. C’est bon.  L’expérience est une réussite, un baume de douceur sur la scène montréalaise.

On repart comprenant mieux ce lien profond qui s’est tissé sous nos yeux : créer et voyager c’est en quelque sorte une seule et même chose… une rencontre de ce qui est déjà en nous vers l’inconnu qu’on va puiser chez l’autre.

Et puis, on imagine le chanteur reprendre sa route, guitare à la main agissant à titre du plus merveilleux des passeports…

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Frida & Diego

Pour les amoureux des arts, des grandes histoires passionnées ou simplement pour les romantiques pures laines amoureux de l’amour,  une petite escapade est de mise au Art Gallery of Ontario de Toronto dans les prochaines semaines.  Réunissant pour la première fois les toiles de deux grands génies de la peinture mexicaine, l’exposition «Frida & Diego: Passion, Politics and Painting» fort appréciée depuis quelques semaines met de l’avant tant l’oeuvre que la relation passionnée des deux icônes.

Roukie et moi y étions lors de l’ouverture de l’exposition.  Pas compliqué : j’ai adoré !

L’espace d’un instant, j’ai eu le sentiment de me retrouver dans la Maison Bleue (la fameuse Casa Azul !) que j’avais visité il y a quelques années dans le quartier Coyoacán à Mexico. J’y avais passé un moment superbe et unique à me laisser imprégner de l’univers de ces peintres dans ce qui fût durant plusieurs années leur paisible cour intérieure.

Casa Azul

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Certes, vous ne retrouverez pas l’odeur de la mangue et le bruissement environnant des quartiers mexicains, mais le dialogue et le ton qui sont rapidement posés entre le muraliste et la peintre intimiste valent amplement l’escale torontoise.

Tandis que Roukie sommeillait dans sa poussette, j’ai pu tranquillement déambuler de galerie en galerie. À même les toiles ou les photographies, belles et abondantes, il est aisé d’y ressentir toute la complicité et passion déchirante traversant les deux amants.  La très connue douleur ponctuant plus qu’à son tour la vie de Frida y est palpable, le libertinage entre les deux peintres assumé, les célèbres liaisons sont également abordées.

Un incontournable pour les amoureux de l’amour et les passionnées de la passion … Absolument à voir avant la fin du mois de janvier.

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Montréal à table : première édition

MTL à TABLE © Tourisme Montréal

Cette année, Montréal se joint à d’autres grandes villes américaines afin de célébrer son tout premier « Restaurant Week ».  Initiée par Tourisme Montréal, MTL à Table se veut une occasion de célébrer et de découvrir la diversité gastronomique montréalaise.  Une centaine de restaurants participent à cette première édition en offrant pour l’occasion des tables d’hôte à prix d’ami, 19$, 29$ ou 39$. Des circuits culinaires de type 5 à 7 sont également proposés par VDM Global (on découvre un quartier, ses tables et ses habitants !) et des soupers aux chandelles seront offerts dans 6 restaurants de l’avenue Mont-Royal.

Une belle occasion de découvrir une fois de plus le talent et la créativité de nos chefs et de partager une belle tablée entre amis à des prix plus qu’abordables.

Pour la liste des restaurants participants, des prix et des disponibilités, c’est par ici.

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Montée de lait sur la snobitude voyageuse

J’ai le grand défaut de refouler …

Longuement.  Trop longuement.  Ça forge en partie mon caractère de feu, explosif à ses heures et qui déconcerte ceux qui ne croit qu’en l’image timide et posée que je projette parfois. Ainsi, je réagis bien souvent après coup, au grand désarroi de ceux qui m’entourent.

Cette fois-ci, j’aurais franchement dû exploser sur le coup.  D’accord, en canalisant efficacement ma colère (il faut bien que mes trop nombreuses lectures de psycho-pop servent), mais en émettant sur-le-champ mon point de vue.  Mais me voilà, quelques semaines s’étant écoulées, ruminant toujours cette phrase, ce commentaire émis par une personne alors que j’étais non loin …

-  Tsé, moi, je voyage vraiment avec mon enfant. C’est pas des petites vacances ou des p’tits séjours de trois-quatre semaines là… On va à … , etc …

C’est pas compliqué,  j’exècre par-dessus tout trois choses dans la vie :  l’arrogance, le mépris et la manipulation… Et ce que je souhaite par-dessus tout : toucher les gens qui m’entourent avec mes mots et déconstruire les mythes qui trop souvent freinent.  Certainement pas d’en construire. En me taisant, j’ai l’amère impression de m’être faite complice d’une espèce de snobitude qui tend à se répandre et tourne de plus en plus dans le fait de voyager.

Sincèrement, je crois qu’il y a autant de manière de voyager que de manière d’être. J’en épouse souvent différentes formes, apprenant à me confronter et à remettre en question mes propres jugements.  Par exemple, j’ai moi aussi jadis juré que par mon backpack, jugé les voyages d’affaires, la valise à roulette et les tout-inclus. Après avoir flirté avec ceux-ci, j’y vois maintenant une vaste panoplie d’avantages. M’y confrontant, j’ai compris qu’il y avait tant de manière d’appréhender l’ailleurs et d’aller à sa rencontre. Qu’il n’y a certes pas une manière de voyager qui est « mieux », mais bien une qui nous est propre, qui nous convient mieux à un moment donné.

C’est le fait de mettre une majuscule, un grand « V » au verbe « voyager » qui m’exècre : d’abord cela sous-entend une manière, lire ici une bonne manière ; suggère des destinations propres, tendances, in, peu importe, mais des destinations qui cautionneraient le sens du « vrai » voyage, des destinations mieux que les autres ; finalement un temps, une durée qui légitimerait en quelque sorte la notion même de voyage…

Certes, les figures du grand voyageur, de l’explorateur et de l’aventurier existent et ont toujours existé.  Au-delà de la manière d’être, plusieurs en font leurs carrières et des nuances s’imposent parfois question terminologie.  Néanmoins, cessons donc de tenter d’enfermer le voyage dans une définition à la vision limitée.  Définition qui tristement relève parfois de la condescendance…

Il me semble que les jugements de voyageurs n’ont pas de place là où la nature même du voyageur se doit d’être ouvert à l’autre, à la rencontre, à la différence et surtout à la pluralité …

***

Vrac de pensées liées à ma montée de lait du moment :

- Lorsque je vois le pétillement ardent et ébahi dans les prunelles des jeunes que j’accompagne sur la route, je vois bien qu’il ne s’agit pas pour eux de « vacances ».  Pour certains, ce sont les premiers balbutiements de la découverte de l’ailleurs.  Et quand ils entrevoient au loin le Washington Monument, le One Liberty Place, le skyline new-yorkais, la CN Tour ou encore qu’on traverse l’impressionnant pont Leonard P. Zakim Bunker Hill avant de pénétrer dans la ville de Boston, croyez-moi, le regard de ces jeunes-là dit tout ! Et, à ce moment précis, et pour 3 ou 4 jours, ils voyagent vraiment !

- (Re)plogue du moment : voilà sans doute pourquoi j’aime tant l’approche des Aventuriers Voyageurs et de leurs films souvent réalisés par des personnes pour la première fois.  Ainsi, ils tendent à rendre le fait de réaliser des films sur les voyages accessible et à rendre le tout plus près du possible que du simple fait de rester là, à rêver passivement de ce qui nous apparaît inatteignable. Revêtir de possible plutôt que de contribuer à rendre hors d’atteinte ;-) J’aime !

Leonard P. Zakim Bunker Hill Memorial Bridge…
Créons donc des ponts entre les visions plutôt que de les cloisonner …

- Mise à jour : Je viens tout juste de réaliser que j’ai lu un billet récemment qui allait en ce sens.  Je viens de le relire et me dois de le citer car il m’a sans doute inspiré inconsciemment mon titre ;-) … Merci M-J ! : Assumons notre « touristitude »

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Ici et là…

Tandis que de nouveaux projets germent tranquillement en moi et que je me fais ici plus discrète, je ne chôme pourtant pas.  J’écris ça et là, collabore avec Moi, mes souliers, le portail des Globe-trotteurs, réalise quelques piges dans le domaine du tourisme, tout en prenant plaisir à renouer avec la culture artistique montréalaise, tant littéraire que musicale. Je renoue aussi avec de grands comme de méconnus auteurs mexicains, nicaraguayens et autres, flirte avec une panoplie d’écrivains et explorateurs, me faisant ainsi bien plus voyageuse littéraire qu’écrivain voyageur… C’est bon !

Mes longues absences de ce blogue s’explique aussi par le fait que j’ai eu la folle idée de retourner sur les bancs universitaires afin d’aller plancher sur des cours en guise de préparer la rédaction de mon mémoire.  Le sujet ? Toujours imprécis et à l’état embryonnaire, mais consacré certainement à un écrivain voyageur méconnu (ben quin !)

Je ne vous cacherai pas la difficulté de renouer avec cette pensée intellectuelle et par moment bien élitiste … que voulez-vous, je m’y suis toujours drôlement sentie, artiste et communicatrice plus qu’intello.  Je me perçois plutôt comme une baroudeuse qui aime le  lyrisme et qui appréhende l’univers qui l’entoure de manière poétique et sensible.  Le poétique et le sensible ont certes une petite place dans les études supérieures… mais en autant que tout soit « pensé », « scientifisé » pour paraphraser un professeur… ouais, ouch.. je sais ;-(  M’enfin, je vais tenter de garder le cap sur mon projet sans trop me perdre dans ses méandres bien tordus de la pensée par moment… A ver !

Je m’amuse donc et joue un brin à la touriste chez moi avant de retourner au printemps sur la route aux États-Unis et en Europe.  Cette année en tant que guide, j’ajouterai Chicago à mon arc ;-).  Finalement, je tente de créer en conciliant mon rôle de maman à temps plein avec une petite exploratrice que j’ai bien hâte de ramener à nouveau avec moi dans mes bagages.  Pour pallier à l’envie d’ailleurs on compense par de petites escapades.  Je prépare d’ailleurs aussi une petite conférence sous la thématique du voyage avec les enfants qui sera présentée en novembre  par les Aventuriers Voyageurs. Sans prétention, elle se veut le fruit de réfléxions et d’expériences pour donner l’envie d’oser…

C’est donc la raison pour laquelle vous me retrouverez d’autant plus ici.  Contradictoire hein dans ce flot de projets qui cumule ? La raison est simple : cet exutoire est absolument nécessaire à la conservation de mon équilibre mental !

Finalement, je vous suggère fortement un livre pour votre plaisir ou à offrir cet hiver dans vos bas de Noël : La Bible du Grand Voyageur de Lonely Planet. Co-écrit par Anick-Marie Bouchard, une jeune québécoise qui n’a pas froid aux yeux et qui gagne à être découverte.  Je n’en ferais pas tout de suite une critique ici (elles pullulent, notamment Gary Lawrence en a fait selon moi une très juste lecture), mais si j’avais eu un seul livre à lire avant quelques voyages ou entreprendre mon trip seule en camping dans les Rocheuses canadiennes, cela aurait été certainement celui-là ! Un must pour le voyage alternatif responsable et plus écolosensible, pour méditer sur le voyage au féminin et pour entrevoir la route autrement ! Pour en savoir un
peu plus sur Anick-Marie et ses milliers de kilomètres parcourus en stop au travers de la planète, découvrez son site ou cette entrevue de Marie-Julie Gagnon.

C’est donc ici et là que vous me trouverez tout en continuant de m’accoster ici parfois, venir vous confiez (pfff…) états d’âmes et petites et vitales escapades…

* Psst … désolée pour les erreurs de typo et incongruences … j’apprivoise WordPress sur mon téléphone et ce n’est vraiment pas le top ;-)

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Pour rêver d’ailleurs … à Montréal

Bon moyen de pallier à la grisaille automnale et d’aller rêver un peu (beaucoup !) de l’ailleurs : encore une fois cette année, le Salon international tourismes voyages aura lieu du 19 au 21 octobre 2012 à la place Bonaventure à Montréal.  Se présentant comme « un appel à tous les sens », le salon mettra de l’avant un volet « Saveurs du monde » où un chef de l’Académie Culinaire concoctera un menu fusion de différentes régions: Caraïbes, Asie, Afrique du Nord, etc.

Une autre nouveauté cette année, le Salon D-Clic, présenté par Lozeau, sera partie intégrante du SITV. Vous y trouverez tous les grands noms de l’industrie avec leurs toutes dernières nouveautés, au grand bonheur des photographes amateurs comme des professionnels.

Belle occasion de faire le plein d’informations pour préparer votre prochain voyage ou simplement pour vous divertir en assistant à des spectacles de danses, à des conférences sérieuses ou encore d’aventures plus cocasses…

Moi, mes souliers vous propose d’ailleurs un petit concours sur son site afin d’obtenir une réduction sur votre entrée … attention, le concours se termine demain ;-)

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Des roses, des fées et des ruelles

 

Premier été entièrement passé à Montréal depuis de nombreuses années. Et voilà, déjà septembre.

Aucune escapade pour apaiser la soif d’ailleurs.

Rien.  Niet.  Nada.

Isch … !

Un besoin ou une nécessité de m’ancrer dans cette ville où un peu malgré moi j’y ai pris racines pour plusieurs mois.  Mettre de l’avant de nouveaux projets qui me tiennent à coeur et qui ont toujours comme angle principal cette soif d’ailleurs et de l’autre. Comme une envie folâtre de tour du monde … un brin autrement.

Restons-nous toujours nomade dans le cœur malgré tout ? Oui, je le crois.  Que le désir vif d’ailleurs me rattrapera dans un détour, bien souvent alors que je ne m’y attendrai pas. Les livres et l’imaginaire ne suffisent parfois pas.  Néanmoins, comme un besoin de me poser pour reprendre mon souffle.  Parfois, le voyageur doit savoir faire le tour de lui-même pour paraphraser le Mahatma Gandhi.

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Cet été, je n’ai pas parcouru le monde à me trouver et me perdre comme j’aime intensément. Pas même le Québec que j’aime tant.  Ni folle aventure, ni rencontre, ni découverte. Une pause.  Longue pause emplie de silences, de rosiers, de carillons d’églises, de rires d’enfants, de colimaçons et de chenilles.  De bruit des mots que j’ai eu envie de garder pour moi.  Je me suis contentée à demeurer là, à les écouter.  Sinon, à réaliser maints et maints allers-retours de ruelles… Surtout, apprivoiser celle qui est derrière mon nouveau chez moi.

Une ruelle qui m’a plût.  Immédiatement.  Peut-être un peu trop proprette, trop organisée par rapport à toutes ces autres ruelles que j’ai aimé dans leurs fouillis, avec leurs folles mauvaises herbes, leurs vêtements délavés suspendus sur les cordes sans gêne, leurs voix qui s’élèvent un peu trop fortement emplies d’incompréhensions, de certitudes ou de peine.

Peut-être que cette ruelle évoque malgré tout dans son essence même ces nombreuses balades tardives de ma vingtaine. Les ruelles montréalaises sont si belles la nuit.

Une nostalgie comme un repère.

Ainsi, la nuit, j’y cherchais le silence et la lune trop de bleue.  Le jour, je humais l’odeur des potagers, épiant négligemment ces intimités autres, coquine et fureteuse sans trop vraiment savoir quoi y chercher.

Cet été, la vie m’a aussi apporté avec cette ruelle, un grand brin de cour.  Un grand brin de cour pour poser mes pénates et y retourner comme l’animal blessé cherche un refuge. Grand brin de cour montréalais pour voir s’épanouir ma fille et jouer dans la terre.  Mais surtout, une dense et fleurie ruelle où les histoires d’amours pullulent et les contes fleurissent.  Où dansent les nains et les fées lors des nuits trop de bleue.  Une ruelle à parcourir, comme une histoire à inventer, un livre à écrire.  Inépuisable en petits bonheurs à créer pour âmes rêveuses, trop vagabondes, qui doivent, du moins pour un moment, ralentir le pas et s’arrêter.

 

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Là où tout nait et où tout s’estompe.

Il a de ces voyages, si brefs, et qui pourtant nous mènent au coeur de nous-même.  Qui s’éclipsent comme la vague qui se retire et s’estompent aussi rapidement que les mots que l’on esquisse du bout des doigts sur le sable.  En soi, sentir enfin l’impuissance comme une force et une certitude, le passé et le futur se confondre, l’inutilité de tenter d’arracher au présent les choses et les événements qui suivent leur cours.

Une vague qui nous berce sur le rythme de l’acceptation, de l’équilibre.

Pas tant qu’ils nous marquent ces voyages.  Il ne s’agit pas des grands voyages initiatiques, d’aventures, de rencontres ou de découvertes.  Simplement, ils nous ramènent à l’essentiel : notre infime petitesse devant ce mouvement de la vie qui fourmille à l’improviste au creux de soi et qui est appelée à disparaitre.  Qui surgit dans toute sa véhémence et son mystère et se retirera momentanément, sans crier gare, dans toute son inhérente vérité.

Et puis, ne nous reste plus qu’à repartir en demeurant attentif au mouvement de la vague que l’on sait désormais porter en soi.  Là où tout nait et où tout s’estompe.

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