Philadelphie, amour fraternel pour de méconnues adresses…

Alors que le guide Escale à Philadelphie, le premier guide et un des rares en français, consacré à cette ville aux Éditions Ulysse, a fait son arrivée sur les tablettes, j’avais envie de vous livrer quelques coups de coeur quant à cette ville de la côte est états-unienne qui gagnerait nettement à être davantage connue ! Philly est une alternative vraiment intéressante à New York pour une escapade d’un long weekend (surtout lors des fins de semaine avec une journée fériée où les touristes pullulent) et peut aisément se combiner avec une visite de Washington D.C. lors d’un court séjour. Avec ses quartiers distincts, et surtout ses vies de quartiers, elle me fait parfois penser à Montréal ou aux quartiers moins connus newyorkais tel que ceux que l’on retrouve dans Queens. Sous le soleil, je ne vous mentirais pas elle me laisse plutôt froide sous la pluie (comme bien des villes états-uniennes d’ailleurs, on y cherche vainement le charme européen des jours de pluie), elle ne manque aucunement d’attraits et regorge d’endroits à découvrir.

Philadelphie (c) Marie-Eve Blanchard

Philadelphie (c) Marie-Eve Blanchard

Clothespin de l'artiste suédois Oldenburg et le City Hall de Philadelphie

Clothespin de l’artiste suédois Oldenburg et le City Hall de Philadelphie (c) Marie-Eve Blanchard

Au courant des deux dernières décennies, le pouls de la ville a pris un véritable tournant. Son centre-ville, qui longtemps était désert et lugubre en soirée, s’est vu véritablement transformé avec une importante revitalisation notamment d’une portion de Broad Street, qui est maintenant très animée. Le tronçon entourant le majestueux et central hôtel de ville, City Hall, au sud et au nord, s’est d’ailleurs vu attribué le surnom de Avenue of the Arts avec ses théâtres, salles de concerts et de spectacles, musées et restaurants haut-de-gamme notamment. (Il faut d’ailleurs absolument pénétrer dans le Kimmel Center for the Performing of Arts, où Yannick Nézet-Séguin s’évertue à diriger le Philadelphia Orchestra depuis 2012, pour admirer de l’intérieur l’immense toit composé d’une voûte arqué et vitré.)

Durant plusieurs années, certains ghettos en périphérie de la ville ont aussi contribué à jeter de l’ombre sur Philly qui, du moins en son sein, est beaucoup plus sécuritaire qu’on ne l’a prétendu. Philadelphie reprend donc de la vigueur, se modernise, se dynamise et ajoute à son patrimoine déjà riche une économique verte et consciencieuse.

Vue sur le Comcast Center du JFK

Vue sur le Comcast Center du JFK « Love » Park

Trois ans après que la ville fut fondée en 1682, William Penn fit d’ailleurs dessiner des plans de la ville motivé par le désir de faire de Philadelphie une « ville provinciale verte ». Le plan urbain réalisé par Thomas Holmes inscrivait la ville en « carré » avec quatre parcs aux quatre coin et un parc central. L’héritage du fondateur de la ville est toujours visible avec les 5 squares, dont 3 constituent de véritables oasis urbaines. Depuis son élection en 2008, le maire démocrate Micheal Nutter poursuit donc l’idéal de Penn et, s’étant donné l’ambitieuse mission de faire de Philadelphie la ville la plus verte des États-Unis, il a lancé en 2009 Greenworks Philadelphia. Le projet a pour objectifs principaux d’améliorer l’efficacité énergétique des logements, de développer les sources alternatives et de réduire à 30% la consommation d’énergie des bâtiments publics. 167 initiatives vertes sont donc encourues en ce sens : meilleur gestion de l’écoulement des eaux pluviales avec la création de trottoirs aux pavages poreux pour éviter le débordement des égouts et favoriser un meilleur cycle, barils de pluie, apparition de nombreux toits verts, création de 688 kilomètres de pistes cyclables, programme de certification LEED pour la construction de nouveaux bâtiments, installation de panneaux solaires et micro éoliennes pour permettre à des buildings de s’alimenter avec sa propre énergie renouvelable (comme en fait foi l’épatante transformation du stade des Eagles, le Lincoln Financial Field) etc. Bref les initiatives ne manquent pas !

Outre ses très connus et réputés attraits culturels, Philadelphie a une longue tradition muséale et historique avec des musées tels que le Philadelphia Museum of Arts, le Franklin Institute ou encore avec Old City, le quartier historique avec son illustre Cloche de la Liberté et l’Independance Hall, dont la littérature abonde. La ville foisonne cependant d’endroits et d’attraits qui gagneraient à être découvert et exploré. En voici donc quelques uns que j’affectionne personnellement et que j’évoque habituellement moins.

Le quartier universitaire

(c) J Fusco pour Visit Philadelphia

(c) J Fusco pour Visit Philadelphia

Ce n’est peut-être pas le campus de Harvard, mais tout de même il s’agit d’un site indéniablement charmant! Déambuler dans les rues et sur Locust Walk au coeur du campus universitaire de la Pensylvannie peut s’avérer une très belle expérience avec des découvertes surprenantes. Vous y croiserez des bâtiments magnifiques, je pense entre autre à l’époustouflante Fisher Fine Arts
Library
, à mi-chemin entre une forteresse et une cathédrale gothique dont l’intérieur est tout simplement somptueux, et nombres de sculptures, notamment une seconde version de Love de Robert Indiana moins connu que celle du JFK Park, mais tout aussi chargée en symbolisme.

Fisher Fine Arts Library

Fisher Fine Arts Library

Penn Museum

Penn Museum

S’y niche aussi un musée fabuleux pour lequel j’ai eu instantanément un gros coup de coeur. De fait, le Penn Museum, le musée d’anthropologie et d’archéologie de l’Université de Pennsylvannie, est un véritable joyaux pour les amoureux ou amateurs d’histoire des grandes civilisations.

On y explore les différentes cultures du monde et de véritables trésors y sont conservés : un magnifique et étonnant sphinx de 15 tonnes de plus de 3200 ans dort dans la crypte de l’Égypte ancienne; momies; sarcophages; masques africains, et tablettes d’argile cunéiformes de la Mésopotamie ne sont qu’un bref éventail des artéfacts présentés. Bref, on peut aisément y passer tout une journée !

Sphinx, Penn Museum

Sphinx, Penn Museum (c) Marie-Eve Blanchard

Northerns Liberties et Fishtown

À l’instar du centre-ville, ces anciens secteurs industriels se sont vus eux aussi revitalisés au cours des dernières années. Autrefois plutôt malfamé, Northerns Liberties attire maintenant artistes, jeunes professionnels aisés et autres hipsters branchés. Le quartier regorge de jolies maisons en brique restaurées, arborant des portes rouges, bleues ou vertes avec des fenêtres à volets tout aussi colorés. auxquelles s’ajoutent cafés à la décoration rétro, brasseries artisanales et bars. En raison de sa nouvelle popularité, le prix des condos et des lofts aménagés dans les hangars modernisés n’a cessé de grimper. Les artistes se sont donc relocalisés un peu plus au nord, transformant l’ancien secteur industriel de la pêche à l’alose en un quartier émergeant que l’on dénomme Fishtown. Les quartiers ont peu d’attraits touristiques sinon d’y déambuler en admirant leur cachet unique, de s’y restaurer ou d’assister à un concert local. Les restaurants Fette Sau, concept originaire de Brooklyn, et Frankford Hall m’apparaissent comme deux incontournables pour qui souhaitent goûter à de succulents mets « viandeux » dans d’anciens espaces industriels rénovés avec goût (vraiment top 😉 !)

Rittenhouse Square

Parc verdoyant, central et dynamique de cette artère doté du même nom, il n’est pas rare d’y croiser de sympathiques musiciens de jazz, il est cerné de quelques restaurants et pubs tendances, ponctué ça et là de bistros et tables typiquement à l’ambiance de brasseries parisiennes. Rittenhouse est un quartier branché et chic qui fourmille de restaurants, boutiques tendances et bars populaires. Les amateurs de bières raffoleront du

Monk's Café & Beer Emporium

Monk’s Café & Beer Emporium

Monk’s Café avec sa sélection de plus de 200 bières à couper le souffle et sa vingtaine de bières cask. L’ambiance sombre évoque réellement celle des anciens abbayes trapistes et y siroter une bière à la lueur d’une chandelle dans l’une de ses petites alcoves est une pure bonheur. Sinon, question café, il faut oublier illico les quelques Starbucks du quartier et se ravitailler en caféine à l’excellente, et très réputée, maison de torréfaction La Colombe.  Les passionnés et geeks de café trouveront d’ailleurs leur compte un peu partout dans la ville.

Le Rosenbach Museum & Library est une autre une adresse intéressante et méconnue pour les amoureux de littérature avec ses 30 000 livres rares et 130 000 manuscrits ! J’ai pu y admirer une page du manuscrit Ulysse de James Joyce (ainsi que des exemplaires de chacune de ses premières éditions) et visiter une reconstitution de l’appartement, avec les meubles originales, de la poète Marianne Moore. On pardonnera le fait que l’endroit a longtemps mis l’accent pour sa promotion du fait qu’elle détenait le manuscrit original d’Alice aux pays des merveilles, mais on en sortira tout de même un brin déçu. Le manuscrit Alice’s Adventure Under Ground fut effectivement en la possession de Philip Rosenbach lors de son achat historique en 1928, mais il ne l’est plus…

Fairmount Park

(c) John Hurst

(c) John Hurst

J’ai eu la chance de parcourir une infime partie du parc récemment à vélo … et de m’y perdre ! Vous croyez que Central Park est un immense parc urbain ? Si je vous disais que Fairmount Park compte 37km2 alors que son homologue newyorkais n’en a que 3,4 ? Près de 12 fois plus grand, c’est tout dire ! Y pédaler le long de Schuykill River est un véritable bonheur mais, attention, ici on partage la piste cyclable avec joggeurs, poussettes et marcheurs ! Les attraits du parc sont vastes : zoo (le premier des États-Unis) , musées, centre d’horticulture japonais, cimetière Laurell Hill, Boathouse Row et ses clubs d’avirons, etc. À l’instar de Washington, les magnifiques cerisiers du parc fleurissent au printemps ce qui donne lieu à un Cherry Blossom Festival moins connu, mais tout aussi florissant, que celui de la capitale.

Aux abords de sa portion sud-est, se trouve non loin le Eastern State Penitentiary où j’ai souvent accompagné des groupes que je guidais. Premier pénitencier en forme d’étoiles qui servit par la suite de modèle pour plus de trois cent prisons à travers le monde, il a beau tomber en ruines dans certaines parties de ses ailes, cela ajoute au caractère plutôt glauque de l’endroit. Les tournées guidées valent le coup question d’en apprendre plus sur le système d’isolement de chaque cellule, le puits de lumière y symbolisant « l’oeil de Dieu », la méthode révolutionnaire de surveillance que le dispositif permettait ou encore pour se faire raconter les nombreuses tentatives d’évasion.

Une des cinq ailes du Eastern State Penitentiary, (c) Marie-Eve Blanchard

Une des cinq ailes du Eastern State Penitentiary, (c) Marie-Eve Blanchard

East Passyunk Avenue

C’est LE nouveau quartier en développement, sinon LA rue où aller pour partager un excellent repas dans d’agréables restaurants de quartier loin de la sauce touristique. Juste au sud du marché italien, où il faut prendre la peine de flâner longuement devant ses étals colorés et parfumés, se trouve une avenue qui scinde le quartier sur sa diagonale. Avant de s’y rendre, on croisera Geno’s et Pat’s King Steak qui se font concurrence depuis 40 ans avec leur fameux Philly cheesesteak. Mais s’entêter à associer la gastronomie de la ville qu’à ce sandwich devenu presqu’emblématique, serait passer à côté d’une gastronomie en pleine ébullition qui se démarque mondialement. Aux chefs déjà célèbres comme Jose Garces et Marc Vetri, s’ajoutent de plus en plus de jeunes visionnaires qui viennent s’installer le long de l’avenue East Passyunk. Ils y ouvrent des restaurants où les produits frais et locaux sont souvent mis de l’avant. Plusieurs sont d’inspiration française, mais on y croise aussi d’excellent mexicains ou encore menus de l’Europe du Nord. Bon à savoir pour maximiser l’expérience : plusieurs, et d’excellents, sont affichés sous la bannière BYOB pour Bring Your Own Bottle (le cas de Laurel, Noord Eetcafe et Will notamment), il faut donc penser à se procurer ses consommations alcoolisées avant. Les lois entourant la délivrance de permis d’alcool en Pennsylvannie étant particulièrement rigoureuses, se procurer un tel permis nécessite une somme excessivement élevée qu’il est impossible de délivrer pour bons nombres de restaurateurs, on retrouve donc pléthore de restaurants de ce type (et d’excellents!) à Philadelphie !

En vrac…

M’en restreindre à ses quelques adresses m’est juste impossible… Alors voici en vrac quelques autres coups de coeur personnels et moins connus pour les amoureux des arts, de l’architecture ou des saveurs…

– La déco à l’ambiance très « speakeasy », les bières régionales et la terrasse sur le toit (toujours bondée…) du Revolution House.

– La magnifique façade arrière avec ses colonnes en demi-rotonde du Merchant’s Exchange Building.

– La vue panoramique sur la ville du Market Street Bridge (à deux pas du Penn Museum)

– Je ne peux pas omettre de mentionner le Rodin Museum, la Barnes Fondation et le Philadelphia Museum of Arts. Ce dernier sera rénové au courant des prochaines années selon l’important plan de restructuration de l’architecte Frank Gehry (Musée Guggenheim de Bilbao et Pavillon Jay Pritzker à Chicago que j’adore!). Ça promet !!

– Les beignets de chez Beiler’s Bakery dans le Reading Terminal Market. Littéralement, les meilleurs au monde !!

Lolita avec sa cuisine traditionnelle mexicaine! L’amoureuse du Mexique en moi fût illico conquise avec le Huachinango a la Veracruzana (une dorade que j’affectionne particulièrement « a la talla » sous les palapas mexicains) et les quesadillas à la fleur de courgette comme il se doit. ÇA goûte le Mexique à la mille !

– Les églises (ne pas hésiter à y pénétrer !), rues pavées et bâtiments de briques rouges de l’époque coloniale dans Society Hill.

Psitt : La ville et des organismes à but non lucratif travaillent depuis plusieurs années à un gros projet de transformation et création d’un parc urbain surélevé.  À l’instar du High Line newyorkais, Philly aura prochainement son parc le long d’un ancien chemin de fer. Des travaux commenceront en ce sens cette année.

**

Plogue : Vraiment heureuse d’être l’auteure d’un guide de la collection Escale, d’autant plus que les guides Escale sont une véritable révélation pour moi ! J’ai d’ailleurs souvent travaillé (guidé) avec ceux de Chicago, Toronto et Boston. Complets, concis et allant à l’essentiel pour une visite de quelques jours, ils se glissent aisément dans une poche ou un petit sac à main. En espérant qu’il vous soit éclairant et utile lors de votre séjour.

Je donne plus de détails sur le guide Escale à Philadelphie dans cette capsule vidéo :

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