Et pourquoi donc la « Grosse Pomme » ?

On l’utilise à toutes les sauces, et pourtant !

En écrivant mon précédent billet, j’ai pris conscience qu’à chaque fois que j’évoquais la ville de New York, je n’hésitais aucunement à emprunter cette expression de « Grosse Pomme ». Cependant, j’ai réalisé que je n’avais absolument aucune idée du pourquoi et du comment de ce surnom! Un brin gênée, je l’avoue, mais je suis convaincue que je suis loin d’être la seule, non ? 🙂

J’ai donc fait quelques recherches. Mondialement reconnue, l’expression « Big Apple » semble depuis toujours faire l’unanimité.  Néanmoins, l’origine de ce surnom ne la fait, quant à elle, absolument pas.  Ainsi, plusieurs versions officieuses ou encore issues de légendes populaires diffèrent les unes des autres et se disputent la place de premier pépin…

Voici celles que j’ai retenues :

  • La plus « officielle »…

Celle qui est principalement mise de l’avant par l’office du tourisme états-unien et reprise par la majorité des guides et des sites.  L’expression « Big Apple » aurait été utilisée la première fois dans un article de 1921 par John FitzGerald, chroniqueur des courses de chevaux pour le New York Morning Telegraph. En reportage à la Nouvelle-Orléans, il aurait entendu deux garçons d’écurie afro-américains, impressionnés par le champ de courses de la métropole, utiliser l’expression « big apple » pour le désigner. Le terme plut au chroniqueur qui l’utilisa ensuite dans sa chronique.

  • La jazzy

On dit que les jazzmen des années 1920 et 1930 avaient l’habitude de parler en terme de « pomme » lorsqu’ils décrochaient un contrat.  Jouer dans une boite s’était en quelque sorte se dénicher une bonne pomme ! Ainsi, on disait : « There are many apples on the success tree, but when you pick New York City, you pick the Big Apple. » Par ricochet, le quartier d’Harlem où se produisaient les plus grands jazzmen de l’époque se fit affubler de l’expression « Grosse Pomme » (on y trouva même ensuite un bar portant ce nom).  L’expression fut ensuite étendue à l’ensemble de la ville.

  • La coquine et salace (ma préférée !)

Une dernière explication daterait du début du XIXe siècle.  Moins connu que les précédentes, cette dernière relate que l’origine de l’expression serait en quelque sorte à l’image du fruit … disons-le pulpeuse ! En 1803, une aristocrate française, du nom de Mlle Évelyne Claudine de Saint-Évremond, aurait émigré aux États-Unis.  Après que son fiancé John Hamilton ait décidé d’annuler leur mariage à la dernière minute, elle aurait ouvert un « salon » au 142 Bond Street (dans Brooklyn), alors à l’époque un quartier embourgeoisé et rempli d’intellectuels.  Ève, telle qu’on la surnommait, et ses demoiselles cultivées, ses belles « pommes irrésistibles » telles qu’elle les désignait, accueillaient dans leurs quartiers l’élite masculine new-yorkaise.  Loin d’être un bordel miteux comme on en trouvait à l’époque, cette maison close de qualité attirait les jeunes hommes de bonne famille qui allaient goûter aux « pommes d’Ève » … !

De plus, avant le Lonely Planet New York Encounter Guide, il existait le Gentleman’s Directory of New York City.  Ce petit guide de poche, publié anonymement en 1870, n’évoquait pas encore Central Park comme principale destination touristique, loin de là ! Il était plutôt consacré au bon plaisir de ses Messieurs… Les attractions principales consistaient surtout à de discrètes adresses où il était bien mentionné que « de par leur fraîcheur, leur douceur, leur beauté et leur fermeté, les pommes de New York étaient supérieures à toutes celles du Nouveau Monde et même de l’Ancien ! » New York était d’autant plus reconnu à l’époque comme la ville des États-Unis où se trouvaient en densité le plus de maisons de débauche…

Quand on connaît les problèmes de corruption et de déchéance qu’a longuement connus la ville au début du 19e et même du 20e siècle, l’expression dotée d’une origine sulfureuse ne serait franchement pas étonnante !  Néanmoins, je comprends pourquoi la plupart des États-Uniens nient parfois avec fermeté cette possibilité… Connaissant leur pudeur, ils n’ont certainement pas envie qu’une des plus célèbres paraphrases du monde ait comme origine une coquine connotation sexuelle.  Nombre d’entre eux seraient certainement outrés de réaliser que l’excentrique et démesurée Big Apple renverrait finalement à une bien belle « grosse pute » ! 🙂

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4 commentaires pour Et pourquoi donc la « Grosse Pomme » ?

  1. Jean-Louis dit :

    Fascinant! Je ne connaissais aucune de ces histoires concernant l’origine de l’expression « big Apple »… Personnellement, j’aime bien celle des musiciens de jazz: « There are many apples on the success tree, but when you pick New York City, you pick the Big Apple. » Voilà qui donne tout son sens à l’expression consacrée et nous renvoie aussi au statut d’Eldorado qu’occupe New-York dans l’imaginaire occidental du 20e siècle. Musiciens, comédiens, artistes, financiers, entrepreneurs, avocats… On allait à New-York pour y mordre dans la vie, avec toujours l’espoir d’y cueillir le succès!

    • Mawoui dit :

      Effectivement, plus j’y repense et plus c’est finalement cette explication qui me semble la plus juste et la plus approprié ! N’empêche que j’ai un petit faible pour la plus coquine …hihi !

  2. Elyes dit :

    Un peu d’histoire ne peut jamais faire de mal. Merci pour ces informations. Personnellement je m’étais déjà rendu à New York sans me poser la question de son « pseudo » …

    • Mawoui dit :

      Bien heureuse ! J’en apprends tous les jours et c’est si fou de réaliser qu’il n’est pas possible d’étancher notre soif de curiosité lorsqu’on a la piqure de l’ailleurs et de l’histoire qui l’entoure ! Bon voyage aux États-Unis par le fait même ! Je vais suivre ton périple avec intérêt. J’y suis beaucoup actuellement en tant que guide, mais c’est surtout sur la côte Est (New York, Philly et Washington principalement). J’ai bien aimé la Californie, mais malheureusement je n’ai fait que la région de Los Angeles et non San Francisco. Quant à Vegas, à voir, mais une seule fois et deux-trois jours, c’est bien suffisant quant à moi ! Je te suggère plutôt de te perdre plus longuement vers le Grand Canyon et le Mexique puisque tu souhaites t’y rendre 🙂

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