Le son des moulins à café

J’avais envie et besoin de recul.  Du recul comme une nécessité.

Sans avoir à me justifier, ni à expliquer le pourquoi du comment.  Alors, je me suis éloignée d’ici, pour retourner vers l’intime de l’écrit ; j’ai ralenti le rythme, épousé celui qui sied à la tranquillité et la sécurité du moment présent.  Panser de vieilles plaies aussi.  Extirper la douleur.  Je porte encore en moi cette propension du mélancolique, de celui qui tient farouchement à son affliction et qui doit apprendre à s’en départir pour se permettre ultimement de rêver mieux.  Autrement. Faire de nouveaux petits pas.  Nouveaux petits pas de danse, plus légers. Peindre de blanc les couleurs parfois trop vives du tableau. Oui, je m’amuse, je peins.  Comme une gamine de sept ans, mais au bout du compte je m’en fou, j’adore ça, littéralement.

J’avais aussi envie d’apprivoiser Montréal, ma méconnue.  C’est ce que j’ai fait. Intense soif de bain de foule harmonique, où j’aime le plus souvent être seule et anonyme, pour satisfaire la mélomane en moi. Montréal si vivante et chatoyante l’été… Le Festival de Jazz, les Francofolies, Nuits d’Afrique, Le Festival de Flamenco, Quartiers Danses, le Festival international de Littérature.  Je les ai tous faits.  J’aurais pu me faire ici critique ou témoin, j’avais envie égoïstement de tout garder pour moi. De ne pas me sentir contrainte à en rendre compte quelque part. Laisser le tout me traverser.

Un besoin d’ancrage, de rivières et de terre aussi.  Un besoin plus qu’une envie. Quelques escapades dans les sentiers de pin humide ou de bouleau séché qui parsèment mon Québec ça et là.  J’ai toujours pris chaque route intensément.  En fait, mes sauts de vie sont toujours intenses. Très intenses. Prendre un réel recul nécessite j’imagine un temps proportionnel à l’intensité que j’y ai déversé auparavant.  Bien souvent, sans compter. Et disons que j’en avais en banque … Les aiguilles mouillées et l’écorce sèche ne se pouvaient plus de m’attendre.

Ainsi, j’apprends de mieux en mieux à ne pas précipiter les choses. À vivre un peu plus lentement. Et doucement. À continuer à m’exposer, tout en me faisant discrète à la fois. C’est tout nouveau.  Et réelle cette plongée en terrain inconnu. Une suite sans aucun doute.

Goûter à tout, bien autrement.

M’assumer dans mon “je-me-moi” m’est encore difficile. J’ai pourtant publié plusieurs billets ou textes ici et là qui sont davantage de l’ordre de mes réflexions personnelles et intimes que de l’écrit initiatique ou journalistique.  Du voyage littéraire. J’avais cessé, je ne sais plus trop pourquoi.  Peut-être sans doute parce que j’avais senti qu’on associait de plus en plus cet espace à un blogue que de type “voyage” et que je me suis sentie contrainte en quelque sorte d’y répondre.  Alors n’ayant pas envie de faire des listes d’incontournables et des comptes-rendus d’expériences, je me suis tout simplement éclipsée.  Plutôt qu’assumer entièrement cet espace que je souhaitais libre, je suis allée flirter ailleurs, avec la littéraire qui aime à se jouer des mots. Mais voilà, il y a un moment que j’ai choisi de ne plus répondre aux attentes. Et je me dois de le respecter. Je m’étais engagée à être ici transparente.

Je me suis donc demandé quelle voie donner à ce blogue, étant prise avec cette fameuse dichotomie d’une fille qui a faim de route mais qui doit de plus en plus se faire sédentaire.  Je suis allée à une conférence de blogueurs voyage, y ai puisé beaucoup de bon, réalisé de très belles rencontres, mais avant tout pris conscience que l’angle général qui se dégageait de cette industrie (on ne se cachera, ça en est maintenant une) ne m’intéressait pas. Avec le recul, je préfère et choisi de conserver une plume plus personnelle.  Advienne que pourra.

Des tops 5 de quoi faire à New York ou à Paris, vous en trouverez des kyrielles et de très bons sur la toile. Il y en a en abondance et d’excellents réalisés par des collègues que je respecte et estime infiniment. Moi, la seule chose que j’ai d’unique et qui m’appartient, c’est ma plume, mon ton. Pas nécessairement mes préférences, qui peuvent être partagées, mais pourquoi je me priverais d’en parler ?, ni ma feuille de route.  Ce qui me distingue, c’est aussi mes angoisses (trop), mon anxiété (hish), mes insomnies (heurk) et ma grande peur de la stabilité (ouach !)…
Pourquoi le taire et le cacher ?

Le défi est grand.  Premier pas pour sortir de l’image. Un 180 en quelque sorte. Ne pas répondre à des attentes. D’aucune sorte. Un lifting ? Pourquoi pas.

Ainsi, depuis quelques semaines, j’ai renoué avec cet écrit que j’aime.  Cette écriture au son des moulins à café dans les lieux du même nom.  En conservant cette envie, besoin et par moment nécessité urgente de pouvoir venir m’échouer ici sans avoir par la suite à me justifier de mes silences et de mes absences.  Puisque d’autres projets tranquillement sommeillent ; certains s’enracinent comme d’autres avorteront.

Intense et aventurière, je le suis tout autant tout en demeurant immobile, poète, observatrice discrète. Et je garde cette conviction : c’est toujours lorsqu’on croit qu’elle s’est éteinte, qu’on découvre que la passion était tout simplement là, endormie.

La passion de la route ainsi demeure.  Néanmoins, elle sommeille. J’ai maintenant envie d’y apprivoiser la lenteur.  Ma lenteur.

Celle qui me créer et qui me permet de créer au son des moulins à café.

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10 commentaires pour Le son des moulins à café

  1. jenniferdemoimessouliers dit :

    Ah, Mawoui est de retour avec une prose puissante en plus, un petit bonheur dans ma semaine! C’est bon de te lire, mon amie.

    Conserve cette voix et cette flamme qui t’anime, s’il y a bien une chose que j’ai apprise ces derniers temps c’est que les gens que tu veux qui te lisent ne veulent pas d’autres « consommés », ils veulent te lire toi d’abord. Que tu parles de voyage ou pas…

    Je guéguerre intérieurement moi-même avec cette idée de voix vs Top 5 depuis un moment et j’en ai conclu au dernier TBEX qu’on doit d’abord écrire pour soi, ce qui est si évident, mais qu’il est facile d’oublier, et que le reste suivra.

    Vraiment contente de te voir ressurgir resplendissante!

  2. Sandra C. dit :

    heureuse de te retrouver ici !!!! et de voir ce chemin parallèle que tu empruntes de l’autre coté de l’atlantique et qui résonne si fortement avec le mien. figure toi que moi aussi je me suis mise à la peinture…;et cela me fait un bien fou. L’art est thérapeutique, derrière les couches sombres de nos expériences de vie, il ya ce blanc éclatant d’une toile toute neuve qui ne demande qu’à être éclaboussée par nos éclats de rires enfantins …alors jouons, jouons encore et dansons, car nos pas personne ne pourra les prendre, ils appartiennent à la danse du monde….

    • Mawoui dit :

      Oh que j’aime ça ces routes parralèles qui ne m’étonnent plus toutefois 😉 !!
      (Nous n’en sommes pas à nos premières contingences)
      Oui, alors jouons comme des gamins et des gamines, dans ce que nous avons d’unique et retrouvons notre authenticité dans nos éclats de rire !

  3. tiphanya dit :

    C’est étrange ce que tu dis car si effectivement tout le monde te range dans la catégorie blogueuse voyage, je n’ai jamais eu cette sensation et c’est bien un ton, une forme d’écriture que je viens lire ici. Bon, un peu de Québec aussi, souvenirs d’une vie passée. Mais certainement pas un TOP 5 quelconque.
    Bonne semaine

    • Mawoui dit :

      Merci Tiphanya, heureuse de constater que c’est plutôt des mots et de l’écrit que tu viens lire ici. Comme quoi, bien souvent on se croit responsable de répondre à des attentes que l’on se créer et s’invente.

  4. monique beaulieu dit :

    Que c’est bon de se laisser glisser sur ces mots de l’âme et d’en savourer en même temps,toute sa saveur.J’aime

  5. Yann dit :

    Quelle intensité d’écriture ! Quelle délicatesse ! Quelle sensibilité ! C’est ta plume qui importe pas le sujet. Ou plus exactement, c’est toi au creux de tes écrits qui bouleverse les âmes. Et puis, je te rejoins :c’est parce que la lenteur reste une valeur nomade qu’elle te va si bien. http://nomadeenchangement.blogspot.fr/2012/08/le-marcheur-et-lescargot-la-lenteur-une.html

    A quand ton premier essai ?

    Yann

  6. celinedafonseca dit :

    Je découvre ton blog à travers cet article … je me retrouve dans tes mots …
    Il y a quelques temps je me suis aussi également lancée dans l’aventure du « blog voyageur (voyageant ?) » Il y a quelques temps j’ai essayé d’expliquer à mes lecteurs que c’est l’amour pour les mots, l’amour pour le son du clavier sous mes doigts, l’amour pour la ponctuation qui alimenterait mon blog, loin des « top 5 », des « Paris vs New York », des « indispensables à mettre dans son sac à roulettes » (http://voyagesduneplume.canalblog.com/archives/2015/11/19/32952809.html)

    Je suis heureuse d’avoir passer quelques minutes avec toi à travers cet article.

    Bonne continuation !

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