Nicolas Ruel, capteur de l’insaisissable

Photographe à l’âme d’un grand globe-trotter, Nicolas Ruel sillonne le monde et tente de rendre compte de sa perception singulière qui en découle par le médium de l’image photographique.  Contrairement à bien des photographes, son travail ne s’arrête pas là.

Son exposition 8 secondes met en scène de magnifiques photographies prises dans une trentaine de villes à travers le monde.  L’originalité de son travail repose sur une approche photographique qui relève d’une technique bien particulière : une longue exposition, de 8 secondes, permet de mettre en relief le mouvement et de l’accentuer.  S’y ajoute une ouverture en travelling qui permet de juxtaposer plusieurs plans à la fois.

Chicago, Nicolas Ruel

Chicago © Nicolas Ruel

Fasciné par l’impermanence et le mouvement, le montréalais tente d’appréhender le réel dans des lieux de transit comme les gares, les parcs, les chantiers et autoroutes.  Sa démarche artistique questionne quant à la permanence des êtres, des lieux et des choses.  En mettant ainsi en relief divers paliers de réalités, elle pose un regard sur l’évolution, le changement et l’éphémère, tout en nous offrant une vision qui frôle l’onirique et qui semble jaillir de son imaginaire.

New York Central Park Nicolas Ruel

Central Park © Nicolas Ruel

Retiro, Buenos Aires © Nicolas Ruel

Retiro, Buenos Aires © Nicolas Ruel

Midnight Stand, Tokyo © Nicolas Ruel

Midnight Stand, Tokyo © Nicolas Ruel

Ces photographies sont également présentées de manière non-traditionnelle.  Évoquant les anciens procédés, Ruel a recours à une impression sur de l’acier inoxydable :  « je dois composer avec une présence sculpturale comme s’il s’agissait d’une image à cristalliser. Je photographie la ville en sachant que le métal, agissant comme un prisme, modifiera à son tour la réalité. Ainsi s’ordonnent les villes imaginaires que j’inventorie. »

En tant que photographe amateur qui s’intéresse à l’imaginaire, à l’éphémère et aux rêves (principalement dans ses écrits) j’admets être complètement envieuse et charmée par l’originalité et l’excellente maîtrise de ce procédé mis de l’avant par Ruel.  La pertinence de son concept est de plus en adéquation avec son rendu sur métal.  Cette seconde distorsion de la réalité, qui fait apparaître ou disparaître selon notre perception, nous donne l’impression d’être devant un monde que l’on épluche ou que l’on effiloche bien plus qu’on ne l’observe.  Sous nos yeux, Ruel fige ce qui justement ne se fige pas, le mouvement, et déploie le temps qui s’écoule comme un bien grand rêve versicolore.

Si vous passez par Paris d’ici le 11 juin, rendez-vous à la Galerie Seine 51 pour admirer ces superbes photographies.  Sinon, les expositions 8 secondes et Brasília seront à l’honneur dès septembre à la Galerie Lacerte à Montréal.

Absolument, à voir !

8 secondes, Nicolas Ruel.

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Et pourquoi donc la « Grosse Pomme » ?

On l’utilise à toutes les sauces, et pourtant !

En écrivant mon précédent billet, j’ai pris conscience qu’à chaque fois que j’évoquais la ville de New York, je n’hésitais aucunement à emprunter cette expression de « Grosse Pomme ». Cependant, j’ai réalisé que je n’avais absolument aucune idée du pourquoi et du comment de ce surnom! Un brin gênée, je l’avoue, mais je suis convaincue que je suis loin d’être la seule, non ? 🙂

J’ai donc fait quelques recherches. Mondialement reconnue, l’expression « Big Apple » semble depuis toujours faire l’unanimité.  Néanmoins, l’origine de ce surnom ne la fait, quant à elle, absolument pas.  Ainsi, plusieurs versions officieuses ou encore issues de légendes populaires diffèrent les unes des autres et se disputent la place de premier pépin…

Voici celles que j’ai retenues :

  • La plus « officielle »…

Celle qui est principalement mise de l’avant par l’office du tourisme états-unien et reprise par la majorité des guides et des sites.  L’expression « Big Apple » aurait été utilisée la première fois dans un article de 1921 par John FitzGerald, chroniqueur des courses de chevaux pour le New York Morning Telegraph. En reportage à la Nouvelle-Orléans, il aurait entendu deux garçons d’écurie afro-américains, impressionnés par le champ de courses de la métropole, utiliser l’expression « big apple » pour le désigner. Le terme plut au chroniqueur qui l’utilisa ensuite dans sa chronique.

  • La jazzy

On dit que les jazzmen des années 1920 et 1930 avaient l’habitude de parler en terme de « pomme » lorsqu’ils décrochaient un contrat.  Jouer dans une boite s’était en quelque sorte se dénicher une bonne pomme ! Ainsi, on disait : « There are many apples on the success tree, but when you pick New York City, you pick the Big Apple. » Par ricochet, le quartier d’Harlem où se produisaient les plus grands jazzmen de l’époque se fit affubler de l’expression « Grosse Pomme » (on y trouva même ensuite un bar portant ce nom).  L’expression fut ensuite étendue à l’ensemble de la ville.

  • La coquine et salace (ma préférée !)

Une dernière explication daterait du début du XIXe siècle.  Moins connu que les précédentes, cette dernière relate que l’origine de l’expression serait en quelque sorte à l’image du fruit … disons-le pulpeuse ! En 1803, une aristocrate française, du nom de Mlle Évelyne Claudine de Saint-Évremond, aurait émigré aux États-Unis.  Après que son fiancé John Hamilton ait décidé d’annuler leur mariage à la dernière minute, elle aurait ouvert un « salon » au 142 Bond Street (dans Brooklyn), alors à l’époque un quartier embourgeoisé et rempli d’intellectuels.  Ève, telle qu’on la surnommait, et ses demoiselles cultivées, ses belles « pommes irrésistibles » telles qu’elle les désignait, accueillaient dans leurs quartiers l’élite masculine new-yorkaise.  Loin d’être un bordel miteux comme on en trouvait à l’époque, cette maison close de qualité attirait les jeunes hommes de bonne famille qui allaient goûter aux « pommes d’Ève » … !

De plus, avant le Lonely Planet New York Encounter Guide, il existait le Gentleman’s Directory of New York City.  Ce petit guide de poche, publié anonymement en 1870, n’évoquait pas encore Central Park comme principale destination touristique, loin de là ! Il était plutôt consacré au bon plaisir de ses Messieurs… Les attractions principales consistaient surtout à de discrètes adresses où il était bien mentionné que « de par leur fraîcheur, leur douceur, leur beauté et leur fermeté, les pommes de New York étaient supérieures à toutes celles du Nouveau Monde et même de l’Ancien ! » New York était d’autant plus reconnu à l’époque comme la ville des États-Unis où se trouvaient en densité le plus de maisons de débauche…

Quand on connaît les problèmes de corruption et de déchéance qu’a longuement connus la ville au début du 19e et même du 20e siècle, l’expression dotée d’une origine sulfureuse ne serait franchement pas étonnante !  Néanmoins, je comprends pourquoi la plupart des États-Uniens nient parfois avec fermeté cette possibilité… Connaissant leur pudeur, ils n’ont certainement pas envie qu’une des plus célèbres paraphrases du monde ait comme origine une coquine connotation sexuelle.  Nombre d’entre eux seraient certainement outrés de réaliser que l’excentrique et démesurée Big Apple renverrait finalement à une bien belle « grosse pute » ! 🙂

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Vision immaculée sur Central Park

Elle avait à peine 2 mois la première fois que nous avons croqué ensemble dans la Grosse Pomme.  « Croqué » ? Un bien grand mot… Roukie préférait plutôt téter goulûment mon sein tandis que je me faisais croire que je profitais à fond de l’excentrique ville américaine. J’étais tout simplement complètement crevée.

Nouvelle maman épuisée de trop de nuits courtes et éreintée d’un trop grand tourbillon émotionnel, je me traînais avec peine derrière la poussette, ayant du mal à me rendre simplement de la 9e avenue à la 5e.

New York m’étourdissait.

Je ne ressentais plus cette sensation de vertige qui m’avait assaillie dix années plus tôt en découvrant la ville pour la première fois, mais bien une impression d’oppression. Cette folie urbaine se trouvait si loin de la nouvelle réalité que j’apprivoisais.  J’avais de la difficulté à m’y fondre.

Aucunement dérangée par le tumulte vrombissant de la ville, Roukie sommeillait doucement tandis que moi j’absorbais. Une fois arrivée à la hauteur de la 5e, j’ai rapidement dû la quitter pour me réfugier dans un délicieux petit café.

Roukie et Mawoui dans un café à New York

Culture Espresso, New York

Avant de pénétrer dans mon provisoire havre de paix, j’avais aperçu au loin la blanche neige immobile et céleste sur les branches des arbres de Central Park.  Le spectacle était splendide.  Surtout, bien rare.  Tristement, je n’avais pas traîné avec moi mon appareil photo.  Je me doutais combien serait éphémère cette vision immaculée, mais certainement pas à ce point ; le lendemain, le portrait magnifique n’était plus, la neige avait évidemment entièrement disparu. Central Park était redevenu froid, humide et en dormance.

Je porte désormais cette vision furtive de ce vaste manteau blanc profondément au creux de moi.  Peut-être parce que cette image de calme et de blancheur contrastait tellement avec le rythme effréné et la grisaille dont se vêt si souvent New York.

Peut-être, simplement, parce que cette illustration de l’éphémère me ramène à l’impermanence de toute chose.

Tout comme l’écume onctueuse sur le latte qui, elle aussi, tend à disparaître…

*

Note : Cette semaine, je repars à nouveau « croquer » dans la Grosse Pomme.  Roukie fait depuis longtemps ses nuits, mais la maman est toujours aussi fatiguée.  Et étrangement, cette fois-ci, je compte bien y faire le plein d’énergie ! Répondre en quelque sorte à cette ardeur d’ailleurs qui m’embrase depuis si longtemps …

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48 h à Toronto avec bébé ? Et pourquoi pas !

– Qu’est-ce que tu vas faire à Toronto, il n’y a absolument rien à voir ?

 Plus qu’étonnant le nombre de personnes autour de moi qui m’ont lancé cette phrase après que je leur ai fait part de mes intentions.  Tête de pioche que je suis par moment, et surtout parce que je crois qu’il est essentiel d’approfondir par soi-même avant de poser un jugement hâtif, j’ai emballé ma fille, une boite de biscuits Mum Mum pour bébé,  deux-trois tétines, une valise et j’ai roulé jusqu’à la mégapole canadienne.

J’avais déjà vu Toronto deux fois.  En fait, j’avais brièvement soupé dans la ville, visité une salle de spectacles du Air Canada Center, mais j’avais surtout contourné le centre-ville pour me rendre travailler à un centre de convention situé près de l’aéroport.  Rien à voir en périphérie.  Absolument rien.  À part peut-être observer des personnes qui sortent leurs chaises pour observer à leur tour les avions atterrir…  (Pour de vrai !)

*

Squelette de tyrannosaure

Roukie et moi avons d’abord visité le Royal Ontario Museum, mieux connu sous son anagramme ROM.  Cet imposant musée, le plus grand au Canada, se présente comme un incontournable, et ce, autant pour les enfants que les parents! On peut admirer au deuxième niveau une vaste collection de mammifères naturalisés.  Comment ne pas être fasciné devant un imposant hippopotame ou la noblesse d’un zèbre ?

Roukie contemplative

Roukie y a également adoré la collection de squelettes de dinosaures. L’ère du jurassique y est abondamment explorée et les reconstitutions d’ossements saisissantes.  Il s’y trouve même une reconstitution d’une cave de chauve-souris.

La collection permanente comprend aussi des trésors de l’âge du Bronze, des artéfacts des différentes puissances ancestrales telles que la Chine, l’Égypte, Rome, etc.  Bref, céramiques, textiles, sculptures, armes, momies foisonnent !

Une des entrées de la Faculté de musique de l'Université de Toronto


Le ROM étant situé au nord-est du large quadrilatère que constitue l’Université de Toronto, on peut ensuite se balader autour de celle-ci ou à l’intérieur du Campus en empruntant le sentier des philosophes ou jeter un coup  d’oeil dans ces magnifiques aires de détente en pénétrant sous les voûtes d’une ancienne église. Les pavillons sont vraiment splendides, leurs enceintes revêtues de lierre et le sol verdoyant bien souvent tapissé de fleurs.

*

Le lendemain, nous avons déambulé dans les rues en compagnie d’un bon ami qui habite la ville depuis deux années.  Gracieusement, il a joué au guide touristique pour nous. À ses côtés, nous nous sommes baladés en tramway et en métro pour nous étourdir brièvement dans

Évidemment, on trouve un Hard Rock Cafe à Dundas Square

Dundas Square (clairement une tentative d’imitation de Times Square), avons longé la plus grande rue au monde Yonge ainsi que King Street en sirotant un Grande Latte, dégourdi un peu les jambes à Roukie à la gare Union Station, tourner autour de la tour du CN en s’empiffrant de ses fameux hot-dogs qu’on trouve dans des kiosques sur le coin des rues (surprenant, ils sont d’ailleurs franchement délicieux !) pour finalement aller longuement se perdre au AGO, Art Gallery of Ontario, l’équivalent de notre musée des Beaux-Arts finalement.

Tour du CN, vue de l'Université de Toronto

Je me suis principalement laissée ébranler par le troublant massacre des innocents de Rubens et ma qualité en tant qu’artiste s’est franchement vu confirmer en admirant la discutable collection de tableaux canadiens… Au sous-sol, d’impressionnantes reproductions miniatures de goélettes séduiront certainement les amateurs et les enfants.

Éreintés, nous avons clôturé notre journée par un convivial repas dans le quartier York, quartier vivant où s’amalgament boucheries, épiceries et restaurants multiethniques.  Sympa !

*

D’accord, Toronto n’est peut-être pas LA destination, loin de là, c’est certain.  Je n’irai pas passer mes vacances, mais pourquoi pas un week-end ?  Il y a encore beaucoup à voir : le Toronto Music Garden, désigné par le célèbre violoncelliste Yo Yo Ma, maints musées, son gigantesque zoo et bien d’autres !

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De l’importance des voyages étudiants…

Près de la moitié d’entre eux levèrent la main.

En tout, ils étaient 45.  Faites le calcul …

Je n’étais pas surprise.  Néanmoins, j’ai eu un peu peur que mon visage laisse paraître quelques traces de consternation.

Devant moi, une vingtaine d’élèves de 16 ans levaient timidement la main en guise de négation.  Nous leur avions simplement demandé s’ils savaient de quoi il était question dans le musée que nous nous apprêtions à découvrir.  Ainsi, une bonne vingtaine l’ignorait.  Dès lors, mon travail prenait tout un sens…

Ce musée, traitant de ce sujet si méconnu, c’était le musée de l’Holocauste…

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Voyager avec ses enfants de Lonely Planet, une bible pour les parents ?

Voyager avec ses enfantsDu moins, c’est ce que prétend le sous-titre de cet ouvrage.  Voyager avec ses enfants, publié par l’éditeur de guides de voyage très connu Lonely Planet, est au premier abord un très beau livre.  Une bible ? Le mot est peut-être un peu fort, mais tout de même ce livre est le fruit de bien des efforts de synthèse.

82 destinations, classées selon leur continent respectif, sont sommairement abordées pour inviter au voyage en famille.  Cette sélection est précédée d’une introduction qui présente les types de voyage à tenter ou privilégier (en camping, voyage de plongée, en bateau, dans le désert, etc.) accompagnés de conseils spécifiques pour la sécurité de vos enfants et d’une liste de pays à favoriser selon l’expérience retenue.

Les plus + !

  • La rubrique « Bibliothèque du petit voyageur » : Très bien pensée, elle présente une sélection de contes, légendes, courtes histoires ou encore bandes dessinées mettant en vedette le pays à visiter !  Un incontournable pour familiariser l’enfant (et les parents !) avant le départ et le préparer au niveau des différences culturelles avec lesquelles il devra composer.
  • La section « Précautions » vous propose des astuces, des trucs et des points particuliers à considérer.  Outre les recommandations habituelles (vols, lieux à éviter le soir, maladie, etc.) ces infos pratiques vous éviteront de trimballer inutilement une poussette dans les trop étroites ruelles de Venise ou de planifier en vain un safari en Tanzanie avec votre gamin de moins de sept ans …
  • Des mets traditionnels et des alternatives susceptibles de plaire aux enfants vous sont proposés lorsqu’il sera temps de passer « À table ».
  • Une courte rubrique « Carnet de santé »vous informe des vaccins obligatoires et suggérés pour chaque pays.

Les moins  : (

  • L’édition étant européenne, les prix sont en euros et les distances et le décalage horaire sont calculés à partir de Paris. Petit travail de conversion en vue …
  • Léger bémol : les splendides photographies qui colorent le bouquin mettent bien souvent de l’avant des enfants natifs du pays en question … Bien aimé voir un peu plus de jeunes bourlingueurs en action !

Que ce soit pour découvrir des animaux insolites, planifier des activités sportives qui sortent de l’ordinaire ou orchestrer une tournée de monuments historiques de manière ludique qui n’ennuiera pas les enfants, le livre foisonne en suggestions.  Il abonde également en trucs et astuces de toutes sortes qui plairont grandement aux parents au moment d’entamer les préparatifs et les bagages.

Voyager avec ses enfants n’est peut-être pas une bible, mais il constitue une bonne première introduction.  À feuilleter afin d’alimenter la machine à rêves et pour faire un choix en famille d’une prochaine destination.  N’en demeure ensuite qu’à vous d’aller approfondir vos connaissances sur le pays retenu … ou encore de choisir de vous réserver quelques surprises !

Voyager avec ses enfants: – La bible des parents voyageurs

Sophie Caupeil, Jean-Bernard Carillet, Sandrine Gallotta et Jonathan Tartour.  Lonely Planet 2010. 223 p.
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Washington D.C. : fille de la mémoire

J’arrive tout juste de Washington.

Persuadée que j’allais rentrer déçue, j’admets être passablement surprise de ce que cette ville a laissé comme impression en moi. Je me sens bien mitigée.

Pennsylvania Street, vue sur le Capitole

Pennsylvania Street, vue sur le Capitole. À noter que la piste cyclable est au milieu de la rue

Évidemment, il n’y a pas de ruelles à Washington.  Que de grandes et trop larges allées.  D’emblée, de quoi me décevoir un tantinet.  De trop larges rues où il est impossible de se perdre ou de tomber dans un recoin méconnu.  Disons que la massivité de la capitale états-unienne et le fait qu’il n’y ait pas d’édifices construits en hauteur rendent encore plus cela improbable.  Moi qui adore déambuler dans une ville et me perdre !  Du moins, ses gigantesques trottoirs sont peut-être bien appropriés pour les touristes qui pullulent de toutes parts, vous me direz.

Si ce n’avait été de ce voyage de repérages en tant que guide-accompagnatrice pour des étudiants, je n’y serais sans doute jamais allée.  Loin d’être une destination alléchante à mes yeux, Washington D.C. évoquait pour moi tout ce que je déteste des États-Unis : la malbouffe, l’impérialisme états-unien, la mascarade, la massivité, l’artificialité, la malpropreté et les façades.

Finalement, c’est un peu un gros mélange de tout ça, la souillure en moins.  La ville est propre.  Indéniablement propre.  J’ai bien repéré quelques mégots sur le sol gazonneux du Mall, ce grand tapis de vert qui s’étale du Capitole jusqu’au Washington Monument, mais c’est franchement infime quand on pense à l’abondance de manifestations qui y ont lieu chaque année.

Washington D.C est aussi une ville qui est belle.  Indéniablement belle.

National Metropolitan Bank et magnolia

Pointez-vous le nez fin mars début avril et vous serez illico charmé par les centaines de cerisiers et de magnolias en fleurs qui côtoient une architecture néo-classique franchement superbe.  C’est loin d’être Rome (je réalise soudain que je n’ai pas vu une seule église dans la capitale contrairement à la ville italienne où il y en a plus de 400), mais les amateurs d’histoire et d’architecture seront certainement tout autant comblés.

Car de l’histoire, il y en a ! À profusion ! De quoi gêner et donner envie de se précipiter dans des livres pour réviser ses connaissances des premiers pas vers l’Indépendance et de ce qui en a suivi… Comment Jefferson, Lincoln et Roosevelt en sont venus dans mes souvenirs à faire plus qu’un seul et même homme ? Ouch ! Je vais certainement dépoussiérer prochainement mes vieux livres d’histoire pour satisfaire ma curiosité d’en connaître bien davantage.

Au premier abord, une impression d’irréalité vous traversera certainement en pénétrant le Mall.  Trop de musées imposants aux larges colonnes massives qui sonnent à première vue un peu faux et qui dégagent ce même « effet de carton » que les hôtels à Las Vegas.  Comme dans la ville affriolante,  cette même impression de se promener dans un décor de cinéma.  La chaleur du désert en moins cependant.

Néanmoins, cette sensation se dissipera rapidement lorsque vous réaliserez que cette ville met de l’avant une démesure qui est beaucoup plus sobre et qui n’a rien de l’exubérante New York ou du trompe-l’oeil las vegasien.

Contrairement à Vegas, Washington a de l’âme.  Beaucoup d’âmes.  C’est incontestablement une ville de la mémoire.  Et contrairement à Vegas, après 19h c’est une ville franchement morte où il ne se passe plus rien.

Un ami m’avait décrit la ville comme étant en elle-même un monument.  Son analogie me semble plus que juste et pertinente. Washington abonde en monuments commémoratifs, sculptures et mémoriaux gigantesques de toutes sortes, musées démesurés et bibliothèques dont la ville s’enorgueillit.  L’étendue et la pluralité de monuments commémoratifs est autant à l’image de la suprématie de l’empire états-unien que représentatif du dévouement un peu éperdu à cette nation. Fief de la culture et du savoir états-uniens, la ville s’est d’autant plus assurée la propagation de cette particularité : de fait, l’entrée pour la majorité des musées est gratuite !

J’écrirai quelques billets dans les prochains jours sur la capitale des États-Unis, surtout que je serai appelée à y retourner.  Cette ville regorge de sujets fascinants.  D’ici là, si vous n’êtes pas persuadé de trouver Washington belle, imaginez une balade à la tombée de la nuit.  Celle-ci vous convaincra.

Jefferson memorial

Près des mémoriaux magnifiquement éclairés, vous trouverez des dizaines de milliers de noms gravés à même la pierre ou le marbre.  Vous croiserez également des centaines de personnes silencieuses qui se souviennent.  Tout comme moi, vous poserez peut-être un tout autre regard sur cette nation que l’on se plait bien à détester.  Un regard un peu plus nuancé. Car dans l’air, il flotte incontestablement un profond respect.

Fille de la mémoire, Washington D.C. abrite en son sein un passé qui mérite d’être préservé et reconnu.  Aussi profondément respectueuse de ses morts, cette ville honore tour à tour la vaillance et le dévouement pour s’assurer que rien ne sombre dans l’oubli.

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24 h à Québec pour une bourgitane…

J’adore les hôtels.

Si ce n’avait été de ce désir très profond de famille en moi, j’aurais certainement pu passer la majeure partie de ma vie dans des hôtels.  Y vivre sans me lasser.  Jamais.  En fait, c’est faux.  J’aime trop la campagne et jouer dans la terre…  Du moins, de septembre à mai, je pourrais m’y poser sans même me fatiguer du côté impersonnel que certains peuvent mettre de l’avant.  J’aime me retrouver dans un décor et un autre fort différent le lendemain.  Ainsi, j’aime la nouveauté.  Non au sens du modernisme ou de l’originalité, mais bien au sens de l’expérimentation.

Il ne s’agit pas nécessairement d’une question de confort.  J’ai dans mon sac plusieurs nuits de camping.  Pas mal d’auberges de jeunesse aussi et je n’ai certainement pas fini.  C’est une manière de voyager que j’ai toujours privilégiée, riche en rencontres et en apprentissages (notamment lorsqu’on prend le temps de cuisiner auprès d’autres voyageurs… que de savoureux moments!)

Je porte donc ces deux propensions qui diffèrent bien en moi.  Pour m’agacer, Cafecito me surnomme la « Bourgitane ».   Davantage bohème que bourgeoise, j’admets tout de même apprécier à l’occasion une nuit de sommeil sur un matelas moelleux tout en pouvant jouir d’un bain à l’italienne et du minibar à volonté… 🙂

Cafecito, c’est le papa de Roukie, notre fille.  Mon beau compagnon de route aussi.  Route qu’on ne partage pas toujours cependant.  Pour paraphraser une chanson de la Rue Kétanou, nous allons toujours seuls sur la route, pourvu que chacune de nos routes se croisent un peu tous les jours …

Un brin bohème, dis-je.

J’aurais pu l’appeler mon homme ou encore l’Homme avec un grand « H » question de flatter un peu son ego, mais c’est un peu surfait.  Je préfère l’affubler de ce surnom qui honore à la fois sa passion pour le café et notre passion commune pour les âmes latines.  Depuis quelques années, j’essaie de lui transmettre le plaisir de voyager avec un sac à dos et de manière un peu plus spontanée. De son côté, il m’a fait comprendre que troquer celui-ci à l’occasion pour une valise à roulettes ne faisait finalement pas si mal que ça !

Travailler parfois à ses côtés et l’accompagner dans ces voyages me plaît. Seulement, je ne pourrais en rien me contenter de cela ! J’ai trop besoin de retrouver seule mon vieux backpack comme on aime retrouver une vieille paire de pantoufles.   Me nourrir seule pour répondre à cette soif de moi-même qui se présente parfois avec avidité.  C’est dans cette solitude, ou accompagnée de Roukie qui s’y fonde et la partage, qu’il m’est possible de faire ressortir mon côté sauvage et un peu plus aventurier.

*

En préparation de mes prochaines pérégrinations, j’ai donc dû faire un petit saut de 24h à Québec pour le boulot.  En proie à un intense besoin de me retrouver, je décide de délaisser l’auberge habituelle pour me payer le luxe d’une chambre bien à moi.

Ainsi, j’aime les hôtels.   Et aujourd’hui, je jubile : bien que je la traîne pour ainsi dire partout, Roukie n’y est pas.

Dire que c’est extatique ne serait même pas exagéré: 24 heures rien que pour moi !  Sans couches, pleurnichements ou effets autres que les miens à transporter et à m’occuper.

Je n’aime pas particulièrement la ville de Québec.  Plus calme et décontractée que ne peut l’être Montréal, elle me dérange par son trop-plein de touristes.  J’ai de la difficulté à m’y fondre, à déambuler les rues en prenant quelques clichés sans ne me sentir illico catégorisée au rang de touriste écornifleur à mon tour.

Je n’y vivrais pas.  Pourtant, j’aime bien m’y rendre une fois par année.  Quand j’étais petite, l’attraction principale était le Simons. Maintenant qu’il y en a partout, je me contente de l’inimitable Ashton et  du Casse-Crêpe sis sur la rue St-Jean.  Les crêpes n’ont rien des succulentes crêpes que j’ai mangées en Bretagne, mais tout de même, elles s’en approchent.  La crêperie étant exceptionnellement fermée, j’ai dû me rabattre dans un café, Tatum, sympa mais sans plus.  Néanmoins, tout me semble absolument incroyable!  La magie de savourer un brin de liberté… car au fond le panini n’est pas plus que correct, le service pressé et le « latte art » moyennement réussi. Cafecito aurait certainement de plus trouvé le lait trop chaud…

24 heures où il pleuvait à siaux.

La ville de Québec est d’autant plus laide sous un ciel grisâtre et lorsqu’elle a l’humeur maussade.

Et pourtant, j’ai parcouru les rues du Vieux-Québec, le sourire sur les lèvres et le regard pétillant, marchant dans la slush et prenant des clichés d’à peu près n’importe quoi. Peut-être n’y a-t-il qu’une nouvelle maman pour comprendre cette jubilation qui frise le ridicule.  Québec est laide et moi je gambade !?

*

La pluie tambourine sur la fenêtre de ma chambre d’hôtel.

C’est moche, maussade et franchement laid.

Je reviens d’un délicieux souper en tête-à-tête avec moi-même au Conti Caffè que je recommande vivement (le tartare de saumon se défaisait à la fourchette comme il se doit et le carpaccio de boeuf était succulent!).  La facture était salée, mais peu importe, maman s’est gâtée…

À peine sortie de cette ambiance feutrée, je me suis tranquillement dirigée vers mon hôtel tout en jonglant avec mes rêves.  Tout excitée, je me sens l’âge mental d’une petite fille de 8 ans.

Cette toute petite escapade me confirme dans mon désir de continuer à poursuivre le chemin un peu autrement.  Après New York, le Mexique, un premier été à semer et récolter des légumes à St-Félix de Kingsey, la Gaspésie, un automne en Estrie, je me demande quoi offrir à Roukie pour élargir ses horizons.  Et si c’était l’Amérique latine?  Pourquoi pas le Panama ?

Tandis que je réfléchis à la faisabilité de mon projet, je prends en note à quel point une petite, bien petite, escapade suffit parfois à raviver la machine à rêves et à projets…

Une escapade comme une bouffée d’air.  Vitale.

Alors que je tente de garder en tête qu’il est bien aisé de se mettre à l’écoute des peurs qui nous assaillent (surtout lorsque notre enfant grandit…), je savoure le luxe solitaire de ma chambre. Cherchant en moi cette petite dose de courage nécessaire pour continuer à tracer une route qui me ressemble.

Avec confiance.

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La course est entamée … un, deux, trois, partez !

Voilà trois jours que j’essaie de digérer la nouvelle.

Alors que tous les amoureux de défis, d’aventures et de reportages à l’étranger se la relayaient lundi dernier, j’étais complètement effondrée.

Il y avait longtemps que je n’avais pas ressenti ainsi mon cœur battre à tout rompre. J’ai trépigné comme une enfant en ressentant l’excitation traverser mon corps. Littéralement. Ressenti un grand frisson me caresser l’échine. Mes yeux scintillaient, j’en suis certaine.

Et puis, bang !  L’amère déception…

Comme si on me faisait miroiter mon rêve de toute petite fille pour ensuite venir me le retirer.  En fait, c’est exactement ça …

*

Vous faites partie des nostalgiques de la Course destination monde ?

Votre rêve est de devenir reporter ou réalisateur et de partir sur les traces de Patrick Masbourian, Denis Villeneuve, Ricardo Trogi et bien d’autres ?

Vous avez entre 20 et 29 ans ?

Le canal Évasion relancera prochainement la formule de la défunte émission sous le nom de la Course Évasion autour du monde.

Je n’ai que deux mots : allez-y ! Inscrivez-vous !  Ne ratez pas cette occasion et n’écoutez pas les sceptiques qui souhaiteront comparer les deux formules. Tentez votre chance !  Peu importe le ton retenu de la réalisation, les concurrents vivront assurément une expérience privilégiée qui pourrait également s’avérer pour eux un important tremplin.

Quant à moi, tristement nouvelle trentenaire, je suivrai assurément avec passion et une profonde envie les concurrents de cette nouvelle émission.

J’imagine que c’est un peu ça, le goût légèrement amer et particulier d’un rendez-vous manqué…

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Détroit : Une ville superbement délabrée …

Je ne suis jamais allée à Détroit.

En fait, cette ville m’est complètement méconnue.  Je sais seulement qu’elle fût considérée comme la capitale de l’industrie de l’automobile américaine, ce qui me semble un argument bien peu alléchant pour m’inciter à aller y faire un tour…

Cependant, depuis que je suis tombée sur ces photographies (merci Maxime!), je n’hésiterai plus à m’y rendre si l’occasion se présente !  Ces magnifiques clichés parlent d’eux-mêmes : Détroit est aux prises avec des changements importants, résultat indéniable de la crise financière.  Ses habitants la quittent, l’économie s’effondre.  La ville offre de plus en plus un paysage urbain délabré et pour le moins époustouflant !

Maison de William Livingstone

© Yves Marchand & Romain Meffre

Les talentueux photographes français Yves Marchand et Romain Meffre posent un regard à la fois artistique et interrogateur sur ces édifices.  Salles de théâtre ou de concert désertes, hôtels abandonnés, salles de classe vides sont révélés sous un nouveau jour.  Leur démarche nous invite à se questionner sur le caractère éphémère de ceux-ci, le caractère impermanent et fugitif de toutes choses…

©Yves Marchand et Romain Meffre

©Yves Marchand et Romain Meffre

Pour admirer quelques photos, c’est par ici !

Pour ceux qui souhaitent prolonger le plaisir, vous devrez attendre … Le superbe bouquin The Ruins of Detroit, lancé seulement en décembre 2010, est déjà épuisé auprès de la maison d’édition Steidl.  D’ici une réimpression, vous pourrez économiser : le prix du livre se chiffre à près de 150 $…

Vous trouverez quelques copies moins onéreuses par ici : THE RUINS OF DETROIT

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Un petit tour de Gaspésie …

— Tu es donc bien vaillante !

Elle doit bien compter plus de 65 ans.  Tout en me lançant cette phrase, elle m’offre un doux et aimable sourire qui m’effleure comme une caresse. J’ai les sourcils qui froncent dans un mouvement d’étonnement.  Vaillante ?  Vraiment ?  C’est plutôt elle que je trouve vaillante, elle qui se trouve là, dans le parc du Bic, sur le sentier du pic Champlain, sentier pédestre de seulement trois kilomètres, mais considéré vers sa fin comme franchement difficile.

La vieille dame se penche au-dessus de ma fille qui aussitôt se met à gazouiller.   Ce n’est ni une personne aigrie par la vie ni par la solitude.  La vieillesse n’amenuise en rien ses élans et ses envies.  De fait, elle semble mordre dans la vie, littéralement.  C’est le genre de grand-mère que tout le monde aurait souhaité avoir ; qui se penche le soir au-dessus de votre lit pour vous raconter de sa chaude voix une histoire …  Voilà sans doute pourquoi il fut si aisé pour moi de me confier.  Arrivée au terme de mon petit périple en Gaspésie avec ma fille de sept mois, un mélange de fatigue et d’allégresse demandait vivement à être partagé.

Cette phrase, j’ai dû l’entendre près d’une dizaine de fois.   « Tu es donc bien vaillante ».  Une dizaine de fois et je ne la comprends toujours pas.  Je n’y crois simplement pas.

De par ces deux dames à Sainte-Luce-sur-Mer alors que je marchais dans la vase, ma fille sur la poitrine, à marée basse ;  par cet homme affable à Capucins qui insistait pour que nous dormions dans son Westfalia et qui ne comprenait pas que je décline sa généreuse offre ; près de Gaspé, où un américain est venu à ma rencontre l’air déconfit :  « Sorry, we watched you, my cousin and I, put up your tent while the baby play just on your side … what a mom !  Are you really by yourself ? »

Un mélange d’étonnement, de fierté et de sidération me traversa en entendant cette question.  Un peu comme quand j’avais dix-neuf ans et que je découvrais l’Europe « by myself » pour la première fois.  Malgré tous les avancements extraordinaires de notre société actuelle, il est malheureusement considéré comme extraordinaire, anormal sinon carrément irresponsable d’être « by yourself » quelque part lorsqu’on est une jeune femme, et ce, encore plus avec un jeune bébé.   Et pourtant, je suis seulement au Québec…

 

 

Nous sommes au mois d’août de l’été dernier.  J’ai vingt-neuf ans.  Ma fille sept mois. Et sur un coup de tête, j’ai décidé de faire le tour de la péninsule gaspésienne.  Un faible budget m’a rapidement fait privilégier l’option camping.  Arrivée à Rimouski, il me manquait toujours une tente.  Un jeune homme à l’auberge de jeunesse m’en a vendu une usagée pour vingt dollars.  Elle n’est pas belle la vie ?

Notre parcours de dix-sept jours fut ponctué d’air salin, de rochers escarpés, de plages rocailleuses et de belles rencontres.  Un bébé, en particulier une fillette rousse, attire.  Et surtout, ça l’attendrit.   Résultat ? Entre autres, une magnifique soirée avec trois motards à partager une ou deux bouteilles de vin.  Trois hommes durs qui, s’émouvant devant ma fille, ont ouvert leurs cœurs et m’ont longuement parlé de leurs peines d’amours et de leurs enfants qu’ils avaient, avec désolation, bien peu connus.  Voyager seule favorise toujours la création de liens et de rencontres.  Avec un bébé, on dirait que cette affirmation se voit décuplée…

La vaillance, je peux peut-être la concevoir quant à la fatigue. Oui, j’étais fatiguée le soir après avoir roulé plusieurs heures, m’être arrêtée, avoir débarqué la petite de la voiture trop pleine, contemplé le paysage et humé l’air salin (qui lui aussi éreinte), préparé les biberons, les purées, rembarqué la petite, visité tel village, trouvé un endroit où nous installer, monté la tente, préparé son souper, le mien, remballé tout le lendemain matin, démonté la tente, etc.  Sans mentionner les dents qui percent, les pleurs de fatigue, les couches à changer, les caprices qui commencent et tout ce qui est propre à la vie de bébé.  Oui, au terme de ces journées, j’étais fatiguée.  Mais le cœur quant à lui était franchement léger ! Et c’est ça qui est si bon.

Au bout du compte, je n’aurais pas sensiblement fait la même chose chez moi ?  L’aventure en moins, en attendant ?  En attendant quoi exactement ?  Que mon chum soit disponible ?  Et pourquoi ?  Pour moi, il n’est plus question d’attendre.  Je suis malheureuse dans l’attente, ça me gruge de l’intérieur.  J’ai trop besoin de mouvement.  Besoin de m’illusionner encore un peu, me faire parfois croire que j’effleure du bout des doigts cette liberté que je chérissais tant.  Et ce, bébé ou pas !

Un bébé ne limite pas.  Il change le rythme.

La nuance est franchement importante.

C’est vrai que seule c’est un peu plus compliqué.  D’accord, je n’ai peut-être pas pu descendre une rivière à saumon en kayak ou faire du parapente au mont Saint-Pierre. Et puis après ?  J’ai mangé une délicieuse chaudrée de fruits de mer à la marina de Carleton-sur-Mer, été sur l’île de Bonaventure contempler et écouter la plus importante colonie de fous de Bassan au monde, marché abondamment sur les plages rocheuses, fait quelques randonnées pédestres quand même, admiré l’artisanat local d’une dizaine de villages, dormi à la belle étoile et je peux maintenant dire qu’il y a bel et bien un trou dans un rocher à Percé.

Je reviens avec en moi l’envie de crier à toutes les mères du monde, qu’elles soient monoparentales ou non, que c’est possible !  Que votre enfant il n’est pas si fragile que ça et qu’il s’accommode bien plus que vous ne pouvez le croire.  Que vous devez simplement avoir confiance en vous.  Que je suis loin d’être vaillante.  Je suis plutôt entêtée et un tantinet étourdie.   Que je n’avais pas envie de passer l’été à Montréal à chercher un brin de vert dans les parcs.  Que je voulais jouer dans la terre, alors je suis allée travailler à une ferme biologique avec mon bébé durant six semaines.  Et qu’ensuite j’avais soif de mer…

Le véritable courage c’est peut-être tout simplement ça au bout du compte.  Apprendre à s’écouter, à se faire confiance et à repousser ses limites.

Ma fille m’offre un « Oh » contemplatif devant la beauté du littoral et de la mer qui s’étend maintenant à perte de vue.   À peine essoufflée, la vieille dame nous rejoint et laisse à son tour son regard se perdre dans la vastitude de cette étendue d’eau salée.

– Tu sais ce que tu lui offres présentement à ta fille ?  Tu lui démontres déjà que le monde est sans limites.  Les limites, c’est bien souvent nous qui les créons.

– Vous croyez vraiment?  Ce n’était qu’un tout petit tour de la Gaspésie…

Un tout petit tour de la Gaspésie.  Qui s’achève comme une boucle qui se referme sur les sages paroles d’une vieille dame.

Et ça ne fait que commencer …

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Il y a 20 ans, Gainsbourg s’éteignait au 5 bis rue de Verneuil…

 

Je voudrais que la terre s’arrête pour descendre

Serge Gainsbourg

 

Les adeptes de Gainsbourg qui projettent prochainement de se rendre à Paris ne manqueront certainement pas de passer devant le 5 bis rue de Verneuil. Véritable lieu de pèlerinage depuis 20 ans, cet « hôtel particulier » fût acheté par l’enfant terrible de la chanson française lors de sa liaison avec Brigitte Bardot.  Il y résidera ensuite avec Jane Birkin, Kate Barry et Charlotte Gainsbourg.

Cette maison-culte du quartier Saint-Germain-des-Prés se distingue de par sa façade empreinte de graffitis, surimpressions  et tags adulateurs.  J’imagine que les inconditionnels de l’artiste y affluaient particulièrement aujourd’hui.  De fait, c’est le 2 mars 1991, suite à une crise cardiaque, que Gainsbourg s’y éteignait.

 

Maison de Gainsbourg - 5 bis de Verneuil

La colorée façade du 5 bis de Verneuil, Paris.

 

Pour souligner cet anniversaire, Espace musique organise un petit concours et fait tirer un coffret.  Vous devez visualiser cette maison recouverte de graffitis et imaginer ce que vous y écririez.  Envoyez votre réponse à gainsbourg[a]radio-canada.ca d’ici demain !

Quant à moi, je crois bien que j’y inscrirais, avec un soupçon d’ironie, un de ses célèbres aphorismes :

« Rendre l’âme ?  D’accord, mais à qui ? »

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Hey hop ! Première plongée …

Ça y est, cette fois c’est la bonne !  Après une timide tentative qui a rapidement avorté l’année dernière (où je jouais malgré moi l’intello-artiste-timorée, je ne vous y renvoie même pas, une certaine gêne me retient), je me lance à mon tour !

J’hésite toujours très longuement avant d’entreprendre quelque chose.  Je jongle, je doute, je pèse, je soupèse, j’analyse, je décortique, je questionne, je (me) juge, je (me) critique, je (me) compare, je redoute, etc.  Bref, vous voyez l’idée… une pensée qui ainsi mal canalisée peut aisément vouer tout éventuel projet à l’échec !  Rapidement, on réalise que devant une telle attitude, ces « autres » qui ont le courage de se lancer avant vous vous délogeront bien souvent au fil d’arrivée…

Ainsi, vous retrouverez cette idée géniale de roman sur les tablettes bien avant d’en avoir entamé la première ligne ; vous vous surprendrez à reconnaître dans cette mélodie naïve d’une chanteuse les quatre accords que vous vous évertuez à enligner depuis des années sur votre guitare ; en ouvrant un magazine, vous serez surpris de l’étonnante concordance entre un article et votre idée qui traîne quelque part sur un post-it depuis plus d’un mois … Finalement, tandis que vous peaufinez toujours votre blogue, cherchant « l’Idée » originale avec un grand « I », des dizaines de blogues foisonneront littéralement sur le net chaque semaine – c’est parfois réellement le cas … depuis qu’a jailli mon idée absolument « géniale» et « unique » d’un blogue de type « voyager avec votre enfant» alors que j’étais enceinte, cette facette est maintenant plus que largement exploitée et pullule littéralement sur la blogosphère.  Quant à mon portable, il est passablement alourdi de trop de fichiers Word en manque de lecteurs.

Ça suffit le trop-plein d’humilité !

Il en est de même pour les quelques blogues que je lis avec avidité sans ne jamais les commenter. Pudeur ? Modestie ? Franche timidité ?  Simple manque d’entrain, d’envie ?  Un mélange de tout ça, j’imagine …

En demeurant ainsi discrète et en choisissant de ne pas commenter, je me sens étrangement presque indécente à zieuter et lire le travail d’autrui (comme si j’étais en quelque sorte en train d’épier un travail pourtant rendu public !?).  Comme si pénétrer l’univers des blogues en tant que lecteur nous contraignait nécessairement à ponctuer chaque texte de nos désaccords ou de nos impressions de reconnaissance…  (Note à moi-même, souffrirais-je du syndrome de l’imposteur ? À vérifier).  J’imagine qu’au fil de mes billets mon opinion va se nuancer et que moi aussi à mon tour je vais espérer quelques commentaires sur ceux-ci … 🙂

*

Mes tergiversations s’expliquent aussi par le désir de ne pas me contraindre à un ton et un angle particulier.  Le ton journalistique et purement informatif peut s’avérer limitatif.  Celui de l’écriture intimiste et introspective risque parfois de tirer dans le pathos et tendre vers le mélo ; d’autant plus, je l’admets, je suis du genre assez intense.  Quant à la critique lorsqu’elle n’est pas réussie avec tact et raffinement, elle peut se faire inutilement incisive et blesser.  Et disons que j’ai la sensibilité vive et parfois exacerbée, alors je fais bien souvent naturellement trop preuve d’empathie.  Mais puisque je pratique les trois et qu’ici je ne recherche en rien les contraintes, mais bien un espace qui m’appartient, mes billets seront nécessairement teintés de tout ça.

Finalement, cibler un seul angle m’apparaît peu possible.  L’angle général du voyage est traité de façon excessive (on trouve beaucoup, beaucoup de blogues sur le voyage et d’excellents !)  De plus, de même que pour moi les frontières s’avèrent parfois bien poreuses entre le rêve et la réalité, il en est tout autant dans mon écriture.  Je pose tout de même quelques jalons : des passages et des errances, réels ou non, poétiques ou non (j’erre présentement quelque part sur la rue Papineau à Montréal et je peux vous assurer que c’est loin d’être poétique !), sur la route que j’adore fouler ou dans ma tête, seule ou maintenant en compagnie de Roukie, ma grande complice qui a tout juste une année.

Pour moi, un grand voyage réussi est ponctué d’élans vers des espaces verts ou montagnards, de quelques déambulations citadines et de beaucoup de temps à se perdre devant la mer.    Voilà pourquoi je sous-titre par Chroniques d’écume, de flore et de ruelles.  Certes, chaque escapade n’est pas toujours composée de cette triade.  Néanmoins, ici ces trois sujets de prédilections se verront successivement mis en relief.

*

Finalement, je fais le saut tout en sachant fort bien que je vais trébucher et apprendre.  Un spécialiste me dirait sans doute que ce billet est trop long, que mon écriture n’est pas assez incisive et que je me perds dans d’inutiles dédales.  Que mon vocabulaire est trop littéraire, que je n’utilise pas les mots-clefs essentiels au référencement.  L’écriture d’un blogue semble s’avérer fort différente d’un simple article avec tout une panoplie de stratégies pour être lu.  Mais s’il s’agit de me limiter à un pamphlet promotionnel de mon petit moi-même, je cesserai illico cette démarche.  Trop rapidement, j’en perdrais le plaisir !

Ainsi, amalgame de plusieurs écritures, de plusieurs thématiques flirtant globalement avec cette grande passion qu’est le voyage.  Le voyage sous plusieurs formes.  Réflexions, regards, récits, ébauches photographiques, suggestions de lectures ou d’absolus à mettre dans votre sac-à-dos, chroniques de passages et de voyages (seule ou avec ma fille), critiques, un peu de tout cela …

Amalgame déconcertant ?  Et bien tant pis pour les déroutés …

Que les autres me suivent et prennent plaisir à écumer les routes avec moi !

Note : Les quelques textes épars qui entravent la fluidité d’exécution de mon mac trouveront maintenant un espace d’émancipation certainement un peu plus constructif.  Quelques dates de création se verront à cette fin tronquées.  Pardonnez-moi d’avance ces possibles truchements… ou ces quelques va-et-vient dans le temps !

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