Montée de lait sur la snobitude voyageuse

J’ai le grand défaut de refouler …

Longuement.  Trop longuement.  Ça forge en partie mon caractère de feu, explosif à ses heures et qui déconcerte ceux qui ne croit qu’en l’image timide et posée que je projette parfois. Ainsi, je réagis bien souvent après coup, au grand désarroi de ceux qui m’entourent.

Cette fois-ci, j’aurais franchement dû exploser sur le coup.  D’accord, en canalisant efficacement ma colère (il faut bien que mes trop nombreuses lectures de psycho-pop servent), mais en émettant sur-le-champ mon point de vue.  Mais me voilà, quelques semaines s’étant écoulées, ruminant toujours cette phrase, ce commentaire émis par une personne alors que j’étais non loin …

–  Tsé, moi, je voyage vraiment avec mon enfant. C’est pas des petites vacances ou des p’tits séjours de trois-quatre semaines là… On va à … , etc …

C’est pas compliqué,  j’exècre par-dessus tout trois choses dans la vie :  l’arrogance, le mépris et la manipulation… Et ce que je souhaite par-dessus tout : toucher les gens qui m’entourent avec mes mots et déconstruire les mythes qui trop souvent freinent.  Certainement pas d’en construire. En me taisant, j’ai l’amère impression de m’être faite complice d’une espèce de snobitude qui tend à se répandre et tourne de plus en plus dans le fait de voyager.

Sincèrement, je crois qu’il y a autant de manière de voyager que de manière d’être. J’en épouse souvent différentes formes, apprenant à me confronter et à remettre en question mes propres jugements.  Par exemple, j’ai moi aussi jadis juré que par mon backpack, jugé les voyages d’affaires, la valise à roulette et les tout-inclus. Après avoir flirté avec ceux-ci, j’y vois maintenant une vaste panoplie d’avantages. M’y confrontant, j’ai compris qu’il y avait tant de manière d’appréhender l’ailleurs et d’aller à sa rencontre. Qu’il n’y a certes pas une manière de voyager qui est « mieux », mais bien une qui nous est propre, qui nous convient mieux à un moment donné.

C’est le fait de mettre une majuscule, un grand « V » au verbe « voyager » qui m’exècre : d’abord cela sous-entend une manière, lire ici une bonne manière ; suggère des destinations propres, tendances, in, peu importe, mais des destinations qui cautionneraient le sens du « vrai » voyage, des destinations mieux que les autres ; finalement un temps, une durée qui légitimerait en quelque sorte la notion même de voyage…

Certes, les figures du grand voyageur, de l’explorateur et de l’aventurier existent et ont toujours existé.  Au-delà de la manière d’être, plusieurs en font leurs carrières et des nuances s’imposent parfois question terminologie.  Néanmoins, cessons donc de tenter d’enfermer le voyage dans une définition à la vision limitée.  Définition qui tristement relève parfois de la condescendance…

Il me semble que les jugements de voyageurs n’ont pas de place là où la nature même du voyageur se doit d’être ouvert à l’autre, à la rencontre, à la différence et surtout à la pluralité …

***

Vrac de pensées liées à ma montée de lait du moment :

– Lorsque je vois le pétillement ardent et ébahi dans les prunelles des jeunes que j’accompagne sur la route, je vois bien qu’il ne s’agit pas pour eux de « vacances ».  Pour certains, ce sont les premiers balbutiements de la découverte de l’ailleurs.  Et quand ils entrevoient au loin le Washington Monument, le One Liberty Place, le skyline new-yorkais, la CN Tour ou encore qu’on traverse l’impressionnant pont Leonard P. Zakim Bunker Hill avant de pénétrer dans la ville de Boston, croyez-moi, le regard de ces jeunes-là dit tout ! Et, à ce moment précis, et pour 3 ou 4 jours, ils voyagent vraiment !

– (Re)plogue du moment : voilà sans doute pourquoi j’aime tant l’approche des Aventuriers Voyageurs et de leurs films souvent réalisés par des personnes pour la première fois.  Ainsi, ils tendent à rendre le fait de réaliser des films sur les voyages accessible et à rendre le tout plus près du possible que du simple fait de rester là, à rêver passivement de ce qui nous apparaît inatteignable. Revêtir de possible plutôt que de contribuer à rendre hors d’atteinte 😉 J’aime !

Leonard P. Zakim Bunker Hill Memorial Bridge…
Créons donc des ponts entre les visions plutôt que de les cloisonner …

– Mise à jour : Je viens tout juste de réaliser que j’ai lu un billet récemment qui allait en ce sens.  Je viens de le relire et me dois de le citer car il m’a sans doute inspiré inconsciemment mon titre 😉 … Merci M-J ! : Assumons notre « touristitude »

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23 commentaires pour Montée de lait sur la snobitude voyageuse

  1. Sylvain dit :

    La correctitude, le trend, le « c’est bien mieux » et toutatim, me font ch..r. À ceux qui savent, je dis: Marche un mille dans mes souliers et on se reparlera.

    Ce que tu écris, je l’ai vécu, entre autre, dans la communauté (sic) vélo.  » Moi j’ai un Marinoni deux plateaux « ,  » Quoi, ton vélo n’est pas tout en carbone, comme il doit être lourd « ,  » J’ai fait une moyenne de 35,6 kmh et toi « . Autant de Vlan qui me faisaient rentrer la tête dans les épaules.

    Pourtant, souvent lors des randonnées campagnardes, je me trouvais, je me retrouvais avec ma fidèle monture (moitié carbone, lolll). Avec elle, j’ai humé la campagne, vu défiler le maïs, j’y ai ri et pleuré parfois. Bref, j’étais dans ma bulle seul avec moi-même. La mesure du bonheur ou de la peine, de la joie ou de la souffrance venait de mes propres expériences. Ma capacité de vivre MON moment. De ces moments, j’en ai même eu en faisant le tour du parc Maisonneuve, c’est dire.

    Le vrai voyage, c’est le nôtre. Beaucoup peuvent aller au bout du monde et rester obtus en emportant son chez soi.

    • Mawoui dit :

      « Le vrai voyage, c’est le nôtre. Beaucoup peuvent aller au bout du monde et rester obtus en emportant son chez soi. »

      Que c’est bien exprimé cette finale !!!
      Tout-à-fait en accord !

      • Touché par cette finale aussi. Je repensais aussi à Nans répondait à une question sur « Allo la planète » :
        – Alors votre bouquin, il s’adresse aux grands voyageurs ? Qu’est-ce que c’est un grand voyageur ?
        – Il n’y a pas de grands voyageurs, il y a de Grands Voyages !

    • Isabelle dit :

      Question de budget, je suis allée en Scandinavie avec mon vélo de montagne (lourd, très lourd) que j’ai « adapté » pour la cause. Il fallait me voir avec mes 50 livres de matériel… 😉 Hormis quelques exceptions, je me suis vraiment fait snober par les autres voyageurs à vélo! Comme si j’étais la plus grande des imbéciles… Km/h? Aucune idée! J’avais une destination par jour et ça m’allait ainsi! C’est un voyage en solo que je n’oublierai jamais. Les plus belles rencontres furent celles de voyageuses et voyageurs aguerris super gentils qui m’ont aidée et donné de précieux conseils. Puis, j’ai également visité des tout-compris lorsque j’ai eu besoin de repos et de soleil. L’avantage avec le snobisme, c’est que les gens qui ne vous snobent pas s’intéressent vraiment à la personne que vous êtes.

  2. 100% d’accord! J’en ai rajouté dans un autre billet cette semaine. 😉

    • Mawoui dit :

      Lol ! Je viens d’aller le lire ! Faut croire que c’est dans l’air automnal !

      Je te souhaite pleins de séries et de bonnes bouteilles enveloppée au chaud dans une couverte 🙂

  3. Oh! Comme tu tombes à point avec tes mots qui me donnent des frissons, j’en entends des tonnes de commentaires du genre. On est fucké parce qu’on fait ci, stiff parce qu’on fait ça. Non mais…! Tu as bien raison Mawoui, chacun son truc!

  4. Yann dit :

    Saine colère 😉 Et n’oublions pas les nomades de l’esprit qui se baladent sans bouger de chez eux ; ils nous font aussi bouger dans nos croyances ou nos représentations

  5. Oh le débat compliqué ! Tu as tout à fait raison, il est d’un snob achevé d’opposer vacances et voyage, touriste et voyageur… 100% d’accord que ton voyage, c’est le tien. Pourquoi considérer comme indignes ceux qui se dépaysent avec une margarita sur une plage, et aduler ceux qui s’élancent à l’aventure sac au dos ?
    Une remarque et un bémol, cependant. La remarque est par rapport au commentaire de Sylvain. Si on va au bout de la réflexion, ceux qui emportent leur chez soi en voyage sont aussi à considérer sans jugement, si telle est leur manière de voyager, non ?
    Le bémol, c’est l’évidence bien connue que sa liberté s’arrête là où commence celle des autres. Chacun ses envies de voyages, oui, mais dans la limite du respect de la population à qui l’on rend visite et de la terre que l’on foule…

    • Mawoui dit :

      Je comprends ta nuance. Je crois que ce qu’il faut lire dans le commentaire de Sylvain, c’est le fait de demeurer « obtus », borné dans le sens où ce n’est pas d’aller à la rencontre de l’autre qui prévaut, mais faire miroiter son « chez soi », ces valeurs à l’autre. Il s’agit certes de considérer sans jugement, puisque telle est leur manière de voyager, mais je crois plutôt que c’est dans l’intention qu’il faut regarder au sens où l’on accepte de se confronter à la différence ou non, ou d’aller faire la morale ou non …
      Qui reviendrait finalement à dire que je suis tout à fait d’accord avec ton bémol ! 😉

  6. Hedilya dit :

    Bravo. Voila de quoi faire taire les vaniteux. Tous les voyages, toutes les formes de voyage sont un luxe : y en a qui l’aime discret d’autre plus clinquant et y a ceux qui « se la pète »… comme dans le reste de la vie en fait (c’est n’est malheureusement pas parce qu’on est voyageur qu’on est plus modeste).

    • Mawoui dit :

      Merci. Par contre, je ne suis pas en accord pour dire que toutes les formes de voyage sont un luxe… je crois sincèrement que ça peut s’approcher d’une manière d’être et qu’en cela elle peut revêtir la forme d’une nécessité pour certains 😉

      • Hedilya dit :

        Le luxe dont je parlais en l’occurrence c’est celui d’avoir un contexte et une nationalité qui permettent des vacances et/ou de franchir plutôt facilement les frontières -donc de voyager… il me semble que c’est un vrai privilège, quelque soit la manière dont on en profite.

  7. elbée dit :

    Oui, oui, oui – trois fois oui !
    Et effectivement, ça doit être dans l’air ces temps-ci parce que moi aussi, je fulminais encore hier face à quelques trouvailles sur le net. Exemple: « faire le touriste sans en avoir l’air » – ouais, c’est ça, rangez donc vos lunettes de soleil et vos caméras, pour faire tapisserie. Ou encore les jolis concepts marketings qui fleurissent depuis un bon moment: tourisme alternatif, participatif, et surtout, surtout « hors des sentiers battus » !!!
    J’ai eu le plaisir de lire un livre (qui date de 1991, comme quoi la thématique n’est pas nouvelle) récemment: Jean-Didier Urbain, L’idiot du voyage – Histoires de touristes. C’est assez réjouissant de voir que l’idiot est toujours l’autre, jamais soi-même.

    • Mawoui dit :

      Je n’ai pas lu L’idiot du voyage. Je prends note, merci !

      Dans l’Envie du monde, Didier avance que « notre façon de voyager dit toujours ce que nous sommes, au moins à un moment de notre existence »
      Cette ouvrage démontre bien qu’essayer d’approfondir et comprendre le tourisme est une très belle manière de saisir les rouages de différentes sociétés.

      Quant au concept de marketing, c’est tristement vrai. Néanmoins, ces expressions désignaient avant des formes de voyage qui différaient, et ces distinctions sont tout de même essentielles, et les voilà, une fois de plus reléguer et récupérer à des fins racoleuses et tendancieuses (lire ici dans les deux sens du terme 😉 )

    • Comme j’ai une formation initiale en marketing (personne n’est parfait), je me sens obligé de répondre à Elbée 🙂 ). Oui, le marketing est pervers, car quelle que soit sont action, son objectif est de vendre. Mais il peut avoir déontologiquement des effets bénéfiques : si aider des populations locales à se développer intelligemment autour du tourisme, alors vive le marketing ! À ce sujet, si ça vous intéresse, vous pouvez lire mon article « voyager sans tout casser » – http://lemondeestmonvillage.com/2011/11/16/voyager-sans-tout-casser/
      Quant à la notion de « hors des sentiers battus », c’est sûr, on aurait du mal à trouver plus galvaudé. Et c’est une notion totalement relative, car ce qui est hors des sentiers battus pour l’un est atrocement classique pour d’autres ! Mais bon, on en revient à l’essentiel : tant que le voyageur est heureux, et qu’il ne fait de mal à personne…

      • elbée dit :

        Merci pour cet article effectivement très intéressant.
        Mais les voyages ne sont pas non plus forcément lointains et le marketing nous vend parfois des choses anciennes sous de tout nouveaux noms…
        Ce qui m’a fait enrager en fait, c’est le phénomène des greeters, des bénévoles qui font visiter leur ville et qui vantent ces visites sous l’appellation de tourisme participatif. Bon, je vous explique: je suis guide en France, je voudrais bien vivre de mon métier (qui fait participer les visiteurs tout autant) et je vois débarquer ces bénévoles qui se paient le luxe de parler de tourisme alternatif, durable, à visage humain… que sais-je encore. Et qui ont les moyens, eux, d’avoir de très beaux sites internet. Et les exemples que je donnais étaient en fait pris sur ces sites.
        Donc en résumé, j’aimerais bien que le tourisme durable (sans casser un marché, sans se moquer des autres et du monde) s’applique aussi ici. Je ne connais pas suffisamment le marketing probablement, j’ai l’impression qu’il se fait souvent non en vantant les qualités des choses à vendre, mais en sous-entendant que les autres choses à côté ne valent vraiment rien ou presque…
        Voyager autrement ? C’est ouvrir les yeux sur les enjeux économiques assurément. A part ça, la question est: autrement par rapport à quoi, à qui ?

  8. Je pense que l’attitude qui pousse certaines personnes à vouloir présenter leur conception du voyage comme étant la seule valable cache en fait une grande insécurité. À mes yeux, elles recherchent avant tout la validation sociale, afin de regonfler leur estime de soi. Cette attitude fait en sorte qu’il est difficile d’avoir une discussion constructive avec elles. Dommage, car j’adore les conversations sincères avec les autres voyageuses et voyageurs. Quoi qu’il en soit, excellent texte, Mawoui, merci!

    • Bien raison Stéphane! Ça fait tellement partie de la richesse des voyages et des voyageurs que de discuter et de découvrir. Combien de choses ai-je tentées après en avoir discuté avec d’autres pour avoir plus d’informations, par simple curiosité aussi! Il faut toujours garder le dialogue ouvert!

  9. Ping : Prémisse de petits bonheurs floridiens | Como la Espuma

  10. J’aime bien ta montée de lait 🙂
    Je me souviens d’un mec au Costa Rica pour qui, si tu n’avais pas vu de toucan, tu n’avais pas vraiment découvert le pays en profondeur. Evidemment, lui, il en avait vu plein, des toucans. PLEIN ! Nous, on avait vaguement vu un bernard-lhermitte, et on était déjà plutôt content. Ce qui démontrait mathématiquement qu’il était un bien meilleur voyageur que nous 😀
    On s’en foutait pas mal, mais lui il se faisait dessus de le savoir ! Haha, merci d’avoir fait ressurgir ce souvenir rigolo 🙂

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