Sur la route de la création avec Martin Léon

Certains trouvent que c’était un pari risqué.  Personnellement, j’admets que c’était pour moi en quelque sorte gagné d’avance. J’ai toujours aimé le chanteur, le poète contemplatif. Je le porte dans mon cœur au même titre que Desjardins et Ferré. Ses mots, sa pénétrante poésie, son esprit vif, ses mélodies douces et par moment suaves, son regard sagace et ses textes sensibles m’ont toujours absolument séduite.

Ajoutez-y une invitation au voyage, sur la route, là où une rencontre devient le possible balbutiement d’une chanson, d’un questionnement ou d’une prise de conscience.  Une scène épurée, si ce n’est que de quelques fanaux rougeoyants, trois guitares, un écran projecteur et un homme sympathique et discret à la batterie. L’ambiance rouge feutrée et très intime du Quat’sous.  Difficile alors de ne pas suivre Martin Léon dans ses pérégrinations asiatiques, quantiques et à la fois métaphysiques de ce spectacle qui débute sur les prémisses d’un vol d’avion …  Et nous voilà plongés dans ce « Show Laboratoire Exotique » à la teneur à la fois intime et frétillante.

Avec finesse, humour, charme, intelligence et simplicité, l’artiste nous invite dans l’univers de la création du dernier album les Atomes. S’y juxtaposent et s’entrelacent images asiatiques, chahuts environnants issus de la jungle, anecdotes délirantes et savoureuses, rencontres riches et trouvailles cocasses, tous des prétextes qui deviennent des germes d’idées qui s’entrechoquent comme des électrons libres pour former une chanson.

De la Baie D’Halong dans le sud du Vietnam, en passant par tous ces trains qui arrivent et repartent de Bangkok, on décortique les pistes vocales et instrumentales qui se superposent de la pièce « Invisible », empruntant avec lui les quelques détours obligés de l’inconnu qui mènent bien souvent là où on s’y attend le moins. Darbouka arabo-mulsulman et gamelan javanais surgissent au détour du processus de création d’une pièce à l’inspiration asiatique ? C’est joli, alors pourquoi ne pas les garder ?

On saisit aussi un peu mieux les quelques délires de l’album, du moins si on n’en comprend pas le sens on peut ensuite se faire une cocasse image du chanteur aux prises avec une forte fièvre et des hallucinations dans une jungle après avoir bu avec confiance un potage ancestral au sein d’une tribu laotienne ; on revisite autrement de superbes pièces telles que « Je le veux » et « le Phalène » ; rencontre le sympathique Phong Ké Toan, « Funkytown » pour faire plus simple, et sa fascination pour les atomes ; se questionne avec eux sur ce qu’il advient de ceux-ci après notre mort, Léon clôturant son show en proposant en guise de réponse sa magnifique chanson « Je redeviens le vent ».

On n’a qu’à discuter avec lui quelques minutes pour que le pétillement plein de vie du regard se propage. C’est contagieux.  Absolument. L’homme est un véritable passionné de voyages, de vie, de rencontres et de l’Autre.

Du passage du vent en demeure la profondeur, l’intelligence sensible, poétique et si étonnamment accessible, qui a enveloppé les spectateurs comme une caresse. C’est bon.  L’expérience est une réussite, un baume de douceur sur la scène montréalaise.

On repart comprenant mieux ce lien profond qui s’est tissé sous nos yeux : créer et voyager c’est en quelque sorte une seule et même chose… une rencontre de ce qui est déjà en nous vers l’inconnu qu’on va puiser chez l’autre.

Et puis, on imagine le chanteur reprendre sa route, guitare à la main agissant à titre du plus merveilleux des passeports…

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2 commentaires pour Sur la route de la création avec Martin Léon

  1. Yann dit :

    Tes billets sont délicieux Marie-Ève et celui-là donne vraiment envie de découvrir cet artiste nomade 😉 J’espère qu’il viendra en France ?!

    • Mawoui dit :

      Merci Yann ! Je ne sais pas s’il va effectuer une tournée en France pour ce spectacle, mais il fait également partie des Douze hommes rapaillés. Peut-être le public français aura-t-il la chance un jour de découvrir cet excellent spectacle qui met en musique la superbe poésie de Gaston Miron …

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