De l’éloge de la lenteur …

J’admire les personnes qui réussissent à pondre plus de 2 billets par semaine, même si je n’ai pour ainsi pas le temps d’en lire aucun. D’abord, parce qu’il y a beaucoup trop de monde dans cette blogosphère, que l’information pullule de partout et qu’on ne sait plus trop quoi en faire tant elle est produite prestement et de tous côtés et tant nous avons tous envie d’y ajouter notre petit grain de sel. J’aime tout de même tomber de temps en temps sur des billets qui se démarquent, se distinguent de par leur qualité ou la pertinence de leur sujet. N’empêche, les prolifiques m’impressionnent et je cherche à comprendre où trouvent-ils tout ce temps.

Je culpabilise et je me dis donc que je n’alimente pas assez cet espace comme je le souhaiterais, espace que  je souhaite pourtant libre et transparent, d’autres projets m’en tenant à l’écart, la nourriture du corps devant malheureusement trouvé le moyen d’être parfois comblé avant celle de l’âme. On doit le faire cet espace, créer le temps pour l’écrit, le protéger farouchement, tout autant qu’une mère se fait instinctivement protectrice. N’empêche, la réalité, celle plate et loin du vagabondage, la réalité avec un grand R qui nous sert aussi d’excuse lorsqu’un rythme quotidien tranquillement s’est installé dans nos vies et qu’on n’ose plus le briser, la réalité donc nous rattrape tandis que la liste de projets ne cesse de s’allonger. Non seulement une question de choix et de priorités sans doute, mais aussi de réalité physique. Trouver cet angle fin et tenu entre désir et réalité et s’y poser. Le propre de tout artiste.

Si vaine culpabilité.

Et puis je cesse de me taper sur la tête, observe de plus près MA réalité, lui accorde indulgence et tendresse. Me dit que je me débrouille franchement pas mal à travers ce que je me créé comme « carrière », comme je déteste ce mot (en ai-je jamais réellement voulu une d’ailleurs !? J’aime beaucoup mieux penser en terme de projets et d’écriture), et cette petite rouquine qui prend beaucoup de mon temps et d’espace dans ma vie, ce temps pour moi que je souhaiterais plus présent, un peu plus accessible avec elle à mes côtés. Ces choix -s’agit-il vraiment de choix ? Parlons plutôt de possibilités… ces possibilités donc qu’entraîne la monoparentalité. On dit souvent que lorsqu’un enfant naît dans une famille, c’est le couple qu’on néglige, la première réalité qui prend souvent le bord, une entité qu’on se permet de disperser à tout vent. Les enjeux divergent lorsqu’il n’y a pas de couple à mettre de côté et malheureusement il en va bien souvent autrement des priorités, je l’ai notamment abordé ici. À défaut d’avoir autre chose à tasser, c’est alors le « prendre soin de soi » qui s’évanouit dans le rang des priorités.

Entre deux contrats (passionnants les contrats, je viens d’écrire mon premier guide, bienphoto 1 hâte d’en parler, même si l’écriture créative me manque) je ralentis le rythme, épouse celui qui sied à la réflexion, me pique sur une branche de rosier que je n’arrive pas à tailler correctement (tant pis, je préfère le sauvage au domestique) m’assied tranquillement dans mon jardin qui est touffu et loin d’être entretenu comme celui du voisinage et rêvasse. Fais comme tous mes voisins et les rejoins à l’heure de l’apéro, verre de vin ou mojito à la main, tandis que les enfants se font rois et reines de ruelle.

Les contemplant avec toujours au creux du ventre ce même désir de découvrir, cette même sensation de quête et l’envie de jouer aux super-héros tout comme eux, parfois même à la princesse. Goûter à la vie loin des mots, de l’écran froid. Avec toute l’ambiguïté propre à une vie qui cherche à se définir et se créer « entre-deux-mondes ». Dans toute cette contradiction qui émane entre la quête et l’avidité de rencontres et ce besoin de se poser et de s’ancrer.

J’en parle beaucoup.  Je sais. Sans doute parce que cette dualité est sans contrefait ce qui me caractérise le plus. Et que je cherche tour à tour à faire miroiter ces différentes facettes de ma personnalité.

Mais tout ça se fait lentement.  Trouver l’équilibre. Un rythme qui nous est propre.Laisser mûrir à défaut de précipiter les choses …

Un peu comme quand vous prenez la peine d’écraser longuement au pilon votre menthe fraîche afin d’en faire ressortir les arômes avec le sucre de canne et le jus de lime au fond d’un verre. On y a mis du temps, de l’amour, on verse une larme de rhum et puis, à la dernière minute, on décide de tout gâcher en y versant  une eau gazeuse qui ne l’est plus.

C’est ça, un mojito avorté …

On a juste pas voulu se donner la peine en décapsulant la dite bouteille de ne pas remarquer l’absence de Pschittt…

Un peu comme un « Je t’aime » qu’on a dit trop vite ou au mauvais moment finalement …

*

Ainsi donc, pour éviter le goût bien plat des mojitos éventés, on apprend à se faire plus prudente, à ralentir le rythme, à observer et on perd en spontanéité. Triste ou sage, c’est selon. Et difficile lorsqu’on a toujours abordé la vie intensément. S’arrêter ou ralentir le rythme va tellement à l’encontre des attentes que cette société a échafaudé pour nous, qu’on se doit de planifier des « plages », s’inscrire à des cours de yoga, apprendre à apprivoiser l’angoisse à même la sécurité du moment présent et des vertus de la méditation. On observe ? On sur-analyse plutôt. Et se faire bonassement contemplatif devient des occasions rares, sanctifiées.

photo 2-1Chez moi, traînasse depuis un moment L’art presque perdu de ne rien faire de Dany Lafferière. De courts et merveilleux essais que je lis ça et là lorsque le temps s’y prête. Qui donne furieusement envie de renouer avec une ancienne vie à écrire et lire dans les cafés. Saisir le temps et l’arrêter.  Créer des éclipses de vie et disparaître de ces endroits virtuels ou l’on devient constamment accessible et « se doit » d’être disponible. S’éclipser de l’instantanéité prémâchée.

Traînasse aussi cette anthologie que je me suis décidée à reprendre récemment, avec l’envie de vivre par procuration les grands départs, la peur et curiosité au ventre des premières aventurières, tout ça en demeurant immobile.

Je le feuillette et rêvasse lorsque je crée du temps perdu, c’est-à-dire rarement, et découvre des figures de femmes inspirantes : Alexandra David-Néel, Isabelle Eberhardt et Ella Maillart que j’admirais déjà, mais aussi notamment Gertrude Bell qui, à l’instar de Lawrence d’Arabie, aurait dû être renommée Bell de Bagdad.  Pas toujours féministes, mais ayant tracé les jalons d’une route qui se veut libre et leur.

Créer = sortir du cadre.

Et puis, sans m’y attendre, je feuillette entre deux escapades (oui, je trépigne d’excitation de reprendre la route ce week-end!) et je tombe sur cette phrase, presqu’une phrase poignard, toute simple. Qui m’apparaît tellement, mais tellement évidente que je m’étonne de n’y avoir jamais réellement pensé: « Le goût de la littérature conduit au voyage. Et quelque fois même, c’est la littérature qui conduit au départ ».

Tellement juste de par son évidence, qu’elle m’éclate.

Qui, bien des années plus tard, m’apporte son inattendu lot de réponses.

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7 commentaires pour De l’éloge de la lenteur …

  1. « Le goût de la littérature conduit au voyage. Et quelque fois même, c’est la littérature qui conduit au départ ».
    TELLEMENT. Et vice-versa. 🙂

  2. Ticlem dit :

    Je découvre à l’instant ton blog et regrette d’avoir tant de « retard », mais comme tu dis on a pas toujours le temps de tout lire.
    Belle sincérité, ça fait du bien au milieu de cette « blogosphère » parfois plus tournée vers le « buisness du voyage » que le voyage en lui même.

    • Mawoui dit :

      Oh, merci. J’apprécie beaucoup !

      André Gide et les Nourritures Terrestres ont grandement forgé ma vingtaine. La notion de faux-semblant et de sincérité étant au coeur de son oeuvre, j’imagine que cela à contribuer à mon désir d’intégrité et de me libérer de ce que je ressens comme plus factice.

      Au plaisir de se recroiser !

  3. Jennifer dit :

    Quelle belle citation! Wow! Merci de la découverte de cette chouette anthologie, je garderai l’oeil ouvert!
    Et tu es belle à voir, tu sais? Je t’ai trouvé pêtante et pleine de vie lors de notre dernier souper. Tu as fait beaucoup de changements dans ta vie et ça se ressent. Le bonheur est là, palpable. Ça semble aller beaucoup mieux dans toutes les sphères de ta vie et c’est vrai que tu y arrives remarquablement bien avec la monoparentalité et ta carrière (oups, fallait pas dire le mot!)! 😉
    Chapeau chère amie!

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